Livre quatriesme
Germe maudit, Troycnncs^ non Troyens; i
Qui tant s'en faut qu'ils soient en France dignes
D'avoir au chef les couronnes insignes,
Qu'ils ne sont pas , pestes du genre humain ,
Dignes d'avoir Taiguillon en la main ;
Rois sans honneur, sans cœur, sans entreprise,
Dont la vertu sera la paillardise.
Leur beau royaume , acquis par le hamois
De tant d'ayeux très invincibles rois ,
Par la sueur de tant de capitaines ,
Par sang, par fer, par discours et par peines >
En peu de jours tombé de sa vigueur,
Ah ! fier destin 1 perdra puissance et cœur {a).
Ne vois-tu pas comme Clovis en pleure ?
Tay-toy, ç-and roy : rien çà-bas ne demeure
En son entier; tant plus le sceptre est haut,
Et plus il tombe à terre d'un grand saut.
<ir Ces rois hideux en longue barbe espesse , En longs cheveux ornez presse sur presse De chaisnes d'or et de carquans gravez , Hauts dans un char en triomphe élevez Une fois l'an se feront voir en pompe, Enflez d'un fard qui le vulgaire trompe.
Quittant leur sceptre aux maires du palais , Dont ils seront esclaves et valets , Masques de rois , idoles animées , Et non pasteurs ny princes des armées^.
Qui se verront, honnis de voluptez , De leurs vassaux à la fin surmontez.
Appren, Troyen, comme un lasche courage Perd en un jour son sceptre et son lignage. Il ne faut estre aux affaires rétif :
La royauté est un mestier actif.
tf. Var. :
Toat en un jour, par lascheti de cœur.
Perdra puissance, aecroissance et vigueur.
246 La Franciade.
c Voy Chilperic, le dernier de la race De Pharamond , comme il baisse la face , Moyne razé pour sa lubricité , Un fainéant moisi d'oisiveté, Qui jà, ce semble, aux plaisirs s'abandonne.
Cestuy perdra le sceptre et la couronne Du grand Clovis , et son maire Pépin S'en fera roy par ne sçay quel destin , En transférant l'ancien diadesme De la maison de son maistre à soy-mesme.
Bien qu'à grand' peine ait quatre pieds de corps , Bas de stature , et de membres peu forts.
Il aura l'ame active et vigoureuse.
Et de conseil et de prudence heureuse , Il doutera la force oes plus grans; Pource, Francus, par tel exemple apprens Que tout royaume augmente en accroissance Par la vertu , et non par la puissance ; Et que Dieu seul , qui toute chose peut , Perd et maintient les sceptres comme il veut. Pour les garder l'homme en vain se travaille , Car c'est luy seul qui les oste et les baille. — (Jui sont ces deux qui vont marchant à part ? Qui de la troupe eslongnez à l'escart Discourent seuls de grans propos ensemble ?
A voir leur port, l'un et l'autre me semble Sage guerrier, et nul ne s'est montré De tant d'honneur ny de gloire illustré ?
— Celuy, Troyen , qui fait bruire ses armes , Grand capitaine et pasteur de gendarmes , Qui jà la main sur une lance met, Qui d'un panache ombrage son armet. Au fier maintien, au superbe courage, Qui rien que Mars ne monstre en son visage , Sera Martel , gouverneur des François , Non roy de nom . mais le maistre des rois.
Jusques au Ciel fera monter l'empire Du nom Gaulois, et nul devant son ire