Livre quatriesme
N*opposera ny lance ny escu.
Qu'il ne soit pris , ou fuitif , ou vaincu.
« Voy quels lauriers , marques de sa conqueste , Vont plis sur plis environnant sa teste !
Voy son maintien . combien il est gaillard , Et de quels yeux il enfonce un regard !
Il occira par bataille cruelle Des forts Saxons la nation rebelle ; .
Ceux de Bavière à mort desconfira ; Les Allemans tributaires fera Jusqu'au Danube , et la terre frizonne Rendra, vainqueur, servile à sa couronne; Prendra d'assaut , invaincu chevalier, Nismes, Marseille, Arles et Montpellier, Beziers , Narbonne , et toute la Provence Fera servile à son obéissance; Prendra Bordeaux et Blave , et tous les forts Que la Gironde arrouse de ses bords.
ce Voi-cy comme Eude, Empereur d'Aquitaine, j^es Sarrazins , peuple innombrable , ameine Contre Martel , à la guerre conduits Par Abdirame , antique sang des Juifs , Qui d'Abraham et de Sara, sa femme, Se vantera. Ce cruel Abdirame, Cruel de mœurs, de visage et de cœur {a) , Des puissans dieux et des hommes mocqueur, Tout acharné de meurdre et de furie , Enflé d'orgueil , enflé de vanterie , Doit amasser les siens de toutes pars , Femmes , enfans , vieux et jeunes soudars, Valets 2 bouviers , marclians , afin que l'onde D'un si grand ost effroyast tout le monde.
a. Var. :
Cruel de port, de moustache et de cœur.
248 La Franciade.
« Ces Sarrazins , au travail obstinez , Oatre-passans lesdoistres-Pyrenez, Et file à file espuisans toute Espace, Se planteront au pied de la campagne Avec crands cns , tels que les grues font
8uaha queue à queue en ordre s'en revont , autes aux yents , et , débâchant les nues , Vont reloger en leurs terres cognues , Fuyant Phyver; un cry trencbant et haut Se fait en rair, tout le Ciel en tressant.
c La mer ne pousse aux rives tant d'areines , De tant de feux les^ voûtes ne sont pleines Au ciel la nuict , que de peuples pressez Dessous ce roy se verront amassez.
Ils tariront le coulant des fontaines , Dessous leurs pieds feront trembler les plaines , Grands comme pins en hauteur élevez ; |
Prendront Bordeaux et les peuples lavez Dé la Gironde , et d'ardeur viorante Viendront puiser les eaux de la Charante , Ne pardonnans à temples ny raoutiers.
D'avares mains saccageront Poictiers, Razans chasteaux et villes enfermées , Et prés de Tours camperont leurs armées.
a Là rinvincible, indontable Martel , Ne s'estonnant de voir un nombre tet , Mais d'autant plus ayant l'ame eschaufée Qu'il verra grand le gain de son trofée, CRaud de louange , au péril hazardeux ^ Ira planter son camp au devant d'eux , Les menaçant ; la déesse Bellonne Courra devant , et Mars , qui aieuillonne Le cœur des rois . pour sauver de mescbef Ce vaillant duc , luv pendra sur te chef.
« Ce jour Martel aura tant de courage y ^
Qu'apparoissant en hauteur d'avantage i
Que de coustume, on dira qu'un grand dieu ^