Il parle à la façon des Grecs, pour : les ballons enflez
Le Bocage royal. 271
Que le bord luy fait place, en glissant se reçoit Au giron de la terre , appaise son courage , Et la lichant se joue à 1 entour du rivage.
La Vigne lentement de ses tendres rameaux Grimpe, s'insinuant aux faistes des ormeaux, Et se plie à l'entour de Pestrangère escorce Par amour seulement , et non pas par la force ; Puis mariez ensemble , et les deux n'estant qu'un , Font à l'herbe voisine un ombrage commun.
La peste des grans rois sont les langues flateuses , Esponges et corbeaux des terres souffreteuses ; Mais le mal le plus grand qu'un prince puisse avoir, C'est quand il nait le livre , et ne veux rien sçavoir,
Le roy dont je vous parle et que le ciel approuve Jamais en sa maison l'ignorance ne trouve.
Ayant fait rechercher ((Tune belle âme espris) Par tout en ses pays les hommes mieux appris, Près de luy les approche , et les rend vénérables, S'honorant d'honorer les hommes honorables.
De parolle il les loue, et de biens avancez.
Comme ils le meritoient, les a recompensez.
Il a voulu sçavoir ce que peut la nature, Et de quel pas marchoit la première closture Du ciel, qui tournoyant se resuit en son cours^ Et du soleil, qui fait le sien tout au rebours.
Il a. voulu sçavoir des planètes les danses.
Tours , aspects et vertus, demeures et distances ; Il a voulu sçavoir les cornes du croissant.
Comme d'un feu bastard il se va remplissant , Second Endymion amoureux de la lune.
Il a voulu sçavoir que c'estoit gue Fortune , Que c'estoit que Destin , si les influxions Des astres commandoient à nos complexions.
Puis, descendant plus bas sous le second estage, Il a cognu du feu la nature volage , Il a pratiqué l'air, combien il est subtil.
Comme il est nourrissier de ce monde fertil , Comme il esl imprimé de formes différentes.
Il a cognu la foudre et ses flèches errantes D'un grand bruit par le vague, et si le soleil peint L'arc au ciel en substance, ou s'il apparoist feint. .
Puis il a fait passer son esprit sous les ondes , A cognu de Tethys les abysmes profondes, Et du vieillard Protée(i) a conté les troupeaux. Il a cognu le flot et le reflot (2) des eaux ; Si la lune a crédit sur l'élément humide , Ou si l'ame de l'eau d'elle-mesme se guide, Eslançant son esprit des terres à l'entour (3) Pour ne vivre en paresse et croupir en séjour.
Puis, venant sur la terre, a visité les villes. Les hommes et leurs mœurs et leurs reigles civil les. Pour sçavoir à son peuple en vertus esclairer, Pour luy lascher la bride ou pour la luy serrer, Coçnoissant par effect toutes vertus morales. Puis, entrant sous la terre aux caves infernales, A cherché les métaux, et, d'esprit diligent Cognu comme se fait l'or, le plomb et l'argent, Quelle humeur les entendre es veines de la terre. Et le cuivre et le fer, instrument de la guerre.
Puis d'un si haut travail se voulant soulager, Et d'un docte laurier ses tempes ombrager, Prenant le luth en main qui dextrement me guide, Se va seul recréer en l'antre Piéride (4), Toutes les fleurs d'Euterpe attachant à son front. Apollon, qui l'escoute, et les Muses, oui vont Dansant autour de luy, l'inspirent de leur grâce, Soit qu'il vueille tourner une chanson d'Horace , Soit qu'il vueille chanter en accords plus parfaits Les gestes martiaux que iuy-mesmes a faits,
1. Il appelle les poissons le troupeau de Protée, parce que ce dieu est le berger des campagnes humides.