‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 122 sur 155 · Agamemnon · texte numérisé non relu

Agamemnon

). Hector, fils de Priam.

4. La déesse de persuasion , du verbe grec itc^Om , persuader.

j. Il y a eu, si nous croyons les autheurs, un Hercule en France qui jettoit de sa bouche des petits chaisnons d'or, par lesquels il attachoit par les aureilles tous ceux qui l'escoû* toient.

6. Il le feit paroistre prés de Sainct Clou après les barriquades , où il donna à un vieux capitaine qui le vint saluer cinq cens escus qu'il avoit seulement portez en sa retraicte.

7. Il entend parler des monuments qu'il fit dresser à Queslus et Maugiron , et des beaux vers qu'il fit faire sur la mort de l'admirai de Joyeuse , à fin d'éterniser leur mémoire.

Ronsard. — III. i8

274 ^KErBOGArGE^ItOY.ÀL.

Quand »la Parque^ emmine àui Valois," bobs n^nt Charfes,-. astre du ciel ^ par toute France on-YÎt Les Musesss cacher (i) : Phœbns n'osoit lien^dîre , Ny leEyieu VD]Fa|B;eur inventeur de Ja(hre(3) : Les lauriers festoient «es, scclc' bord Pânplttin'(î), Le silence effroyant 4out l'antre CyiTbèan(4) ; De limon et de sable et de bourbe eslXHipée, Claire ne couroil plus la source Aganippee({). Les Muses, antntenaat, honorans son retour.

Couvertes de bouquets, osent revoir le jour.

Pfacebos n'a plus la nain ny la voixrrefroidie , Et des lauriers fasis «a teUe est reverdie, Voyant ce grand Henry , des: peupks xonquertur. Les aimer et-se plaire en leur douce fureur, Et d'une ardeur qui' vit d'ApoUon toute^eine, ' Faire parler Tkespiè (6) et soupcer sa fontaine (7).

Nul poète françois des' Muses serviteur Ne présenta jamais ouvrage à sa hauteur

Su'il n'ait récompensé d'un présent magnifique, onorant le bel art que luy-mesmes pratique, Et ne l'ait caressé d'accollades ou d'yeux, Invitant l'artizan à faire encores mieux.

Tels estoient les bons rois de l'âge plus fleurie, . Numa le sacerdote instruit par £gerie ; Tel estoit Numitor, et ses pères romains

I . Parce qu'il les avoit autant chéries et favorisées que François premier son grand père.

il Mercure, le messager des Dieux, qui le premier trouva le moyea de faire un luth de la coquille d'une tortue.

). Pimple, montagne de Macédoine, au pied delaqudle y avoit une belle fontaine consacrée aux Muses.

4. Cyrrhe, ville du mont Helicon, en Bœotie, prés de laquelle y avoit un antre sacré aux Muses.

5. Aganippée estoit une fontaine de Bœotie consaaée aux Muses.

6. Thespie , yille de Bœotie proche du mont Helicon , à .cause de quov Ton nomma les Muses Tbespiades.

7* Ouvrir ks sources de la fontaine des Muses.

.,]LEf.BOC:AGE..ROYAL. 275

I Qui aivoient i du , labpur les^ am^ulles jès ipains ;

[ Tel Euphrate çnipaltné , de son rivage humide ,

i Vit Saiomon wgnec sur le throne Isacide.

Dont les sceptres çstoient des peuples re4putez

( Par la loy que portoient leurs, glaives espQintez ,

Ayant en lieu auier la douceur pour leur marque. Tel fut le roy François, des princes le monaf^ue. Tel est ce bon Henry, qui, prince très huqpain, Porte de ses subjects tous, Les cœurs en sa n^in. Ny corcelets ferrez, ny targues, ny heaume, Ny chevaux ny soudars ne gardent son royaume , Ny fossez, ny rempars,'mais la seule vertu Qui le peuple comoat sans-estre combatu.

Au contraire, Alexandre, affamé d'avarice, Enflé d'ambition, qui réduit en service Le sceptre persien , et qui fit son harnois Luire comme une.fo^dre aux^terres des Indois, Et ces fiers .empereurs de Ja maistresse. Homme Qui couvroient un aspic sous Ja forme d'un ^^mme, Estans princes cruels^ eurent auelle fin ; Ou par le fer meurtrier ou par le. froid yqiin Ont espanchê leur vie, et. morts sans sépulture, . Ont esté des corbeaux et. des chiens la pasture , Sans avoir le loisir que. les cheveux, .grisons Vinssent blanchir leur teste ea leurs propres maisons. Le bon prince Trajan et le bon NIarc Aurelle Ont vieitlars accomply leur vie.naturelle.

Ont veu pour leur trespasla republique en pleurs, Et leurs tombeaux couvers de cheveux et de fleurs. Nature, qui peut tout, dont le ventre desserre Le germe d un chacun , ne fait naistre sur terre Rien si parfait qu'un roy modeste et modéré.

Au poids de la vertu justement mesuré.

Seul entre les humains il a peinte au visage De Dieu la vénérable et redoutable image :

Il en est le miroir; si par un vilain traict De l'image qu'il porte il souille le pourtraict, . Si quelqu'un ie diffame , empoisonne ou massacre.

276 Le Blocage royal.

Dieu, jaloux de l'honneur de son saint simolacrê, Punira le forfaict , sans laisser impunv D'extrêmes chastimens cil qui Paura honny, Et, ne souffrant en terre un seul pas de sa trace, Perdra luy, ses enfans , sa maison et sa race, Puis moy, qui de ma langue annonce vérité, En chanteray Thistoire à la postérité.

Ainsi dist la Déesse, et de sa bouche ronde Envoya de Henry les honneurs par le monde.

A LUY-MESME

Si rhonneur de porter deux sceptres en la main , Commander aux François et au peuple germain Qui de rOurse sarmate habite la contrée ; Si des Vénitiens la magnifique entrée (i), Sj avojr tout le front ombragé de lauriers.

Si avoir pratiqué tant de peuples guerriers^ Tant d'hommes,tant de mœurs, tant de façons estranges ; Si revenir chargé de gloire et de louanges ^ Si ja comme un César concevoir Tunivers, Vous a fait oublier le chantre de ces vers, Roy dont Thonneur ne peut s'amoindrir ny s*accroîstrc. Sans vous dire son nom vous le pourrez cognoistre.

C'est, prince, c'est celuy qui d'un cœur courageux Grimpa aessus Parnasse en groupes ombrageux.

Importunant pour vous les niies de Mémoire , Quand Dieu prés de Jarnac vous donna la victoire , Quand vostre bras armé fut le jour des François , .

?uand la Charante, fleuve au peuple Sainctongeois , ôus veit, presque sans barbe, ainsi qu'un jeune Achille, Foudroyer l'ennemy sur sa rive fertile ,

i . Lon qu'il y passa , s'en revenant de Pologne en France.

Le Bocage royal. 277

Remirant en ses eaux vos armes et Tesclair De vostre morion et de vostre bouclair, Qui flamboient tout ainsi que fait une comète, Qui, glissant par le ciel d'une crineuse traite, Tombe dessus un champ, et va signant les cieux (>) De cheveux rougissants d'un feu présagieux.

Ce fut quand vostre main , à craindre comme foudre, Fit à la gent mutine ensanglanter la poudre (>) : Quand nos autels sacrez revirent leurs bons saincts Et quand mille estendarts, tout deschirez et teincts De poussière et de sang, pour immortels exemples {a) D'un long ordre attachez pendirent à nos temples.

Encore qu'un tel acte honoré de bon-heur Eust deu trouver à l'heure un superbe sonneur Qui d'un bruit héroïque eust enfle les trompètcs, Si est-ce que la voix des plus braves poètes De peur fut enrouée, et le vent de leur sein Ne sortit pour enfler la trompette d'airain , Chacun craignant sa vie en saison si douteuse ( ) , Où celuy, sans trembler d'une crainte honteuse, Qui vous escrit ces vers , asseuré vous chanta , Sur le haut d'Helicon vos trionfes planta, Et si en combatant vostre lance sceut poindre , Célébrant vos honneurs sa langue ne fut moindre ; Œuvre si agréable à vous , prince vainqueur, Que vous louastes l'hymne et l'appristes par cœur.

fAm quand toute la France, a tromper bien-aisée, D'ardentes factions et de guerre embrasée ,

a. Var. :

Quand de nos ennemis les estendars depeincts. Et tous relents de sang, pour immortels exemples,

1. Marquant la partie des* cieux sous laquelle elle tombe avec un certain présage de malheurs.

2. Quand ceux de la religion prétendue s'estoient mntinez sous son frère.

}. Personne n'osoit escrire en faveur de l'un ny de Tautre party, à cause des ligues des grands.

278 Le Blocage royali

Estoit sous le razoir, €t VhorrMe'xntthtf Soustenu d'un filet nous'péi)d6it'lsûr1e<:h^; Et la victoire neutre errant entre les armes , Partizanne, esbranloit le cœur de nos ^cns d'armés ; Incertains qui seroit Jpar la favetir des cteux Des deux camps si puissants le seul victorieux .

Vous, pour sauver le sceptre et nos saints tutelaîres , Nos autels, nos maisons, vous-mesmes et vos frères; Et vostre mère, helas ! qui de peur frémissoit *, Et tout le Ciel pour vous d'braisons emplissoit ^

Vous , dy*je , enorgueilli de forces animées , Auprès dë^ontcontourcampastes vos armiêeé^ Livrastes la bataille , où Dieu vous regài*doit Et sa croix de^us vous JeSus-Otrist esténdoitv

Là fureht envoyez par vos mains martiales Seize mille mutins aux ombrés inferhales , Victimes de Pluton, si que tout 'Môntcontôur; La rivière de Dive et les champs d'klentour Sonnoiènt 'dessous vos coups; qui' pavèrent les pFaéès; Champs, chemins et {guerets de puantes cartasse^. Et d'ossefeents de morts Tun sur l'autte arfangei.

Les sillons dû pays eh furent si chargez , Voire si engraissez de charongneux carnages.

Et les ventres des chiens et des bèstes sauvages' (Tombeau des ennemis) si gras et si réfaits.

Que Ton peust égaler le moindre de vos faits Au plus grand des Romains : tant mérita de gidire' A Textreme péril une telle victoire.

Celuy qui la chanta , ravi d'esprit, alla Sur les bords de Permesse , aux Muses il parla , Les entretint de vous , et vous fit un tel hynne

?ue la langue superbe et grégeoise et latioe (0 ournèrent son trançois , tecpndànt par ses vers Vostre nom adihirable en te grand univers.

Un jour qu'il celebroit le feû Roy vosti'e frère', ,

I. ce fut Dàurat qui "fit la -tniâuetion latine Ue/*fl>iire d^aiu P. B.

Lb> Bocage 'Royàl. 279 ^

Son Charles', son seigneur, prince tout debonasnre y Le tançant^uy disoii : « N-escrives point de«i«)i^ Escrivcz de mon frèi^e,» eserivezxleB» foy^ , Et comme sa vertu, prodigue de proues^ ^ S'immolant en mon heu, le sceptre me rednesse.» .

Admirant telle amour, qu'au monde on ne voitph»^ Il bastit de Castor le temple et de PoUux^ Et vous le dédia, pour remarque immortelle ^ D'une rare amitié si saincte et fraternelle.

C'est celuy qui pour vous en cent mille «façons Fit sonnets et discours, eclogues et chansons , Mascarades, tournois, et chiffres et devises « Et, bref, qui a chanté toutes vos entreprises.

Mesme a vostre berceau, quand encorvousptndies. Ez bras de la nourrice, et vers elle tendiea Les mains en vous jouant j il prist la hardiesse^ De vous sonner une ode en si basse jeunesse-; Et faisiez , tout ravi , la teste sou4evant , Semblant de vostre. front de l'aller approuvante

Quand vous fustes esleu monarque de Polongne^^

guand Dieu sur vostre teste en posa la couronne y tqu'il fallut partir d'entre les bras aimez • De vos plus chers parents, en larmes consommez^ Qu'il vous fallut laisser le doux air de la France, Capitaines, soldats, amis et cognoissance^ Que chacun vous suivoit d'une humble affection, Il ne chanta jamais de telle élection , D'autant qu'elle emportoit des François la luonèM» Pour en pays estrange esclaircr la premierei

Or' à vostre retour, qui luist comme un sokil^ Sortant de l'Océan en flammes nompàreil y Qui donne jour aux siens, dissipant les ténèbres, Et de nostre feu Roy(i) les complaintes funèbMS ^ Il a, gros d'Apollon , célébré ce retour.

Les hommes volontiers honorent plus le {our Que la nuit ténébreuse , et Vesper n'est si belle

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