I. Charles IX
28o Le Bocage royal.
Que TAurore au matin qui sort toute nouvelle ; Aussi vostre apparoistre aux François fait sentir Plus d'allégresse au cœur que vostre départir.
Mais ainsi que le jour descouvre toutes choses Que Pombre sommeilleuse en ses bras tenoit closes , Brigandages, larcins, et tout ce que la nuit Recelle de mauvais quand le soleil ne luit; Ainsi nous espérons que les guerres civiles , Licences de soldats, saccagemens de villes, Qui regnoient sans frayeur de vostre majesté, s'enfuiront esblouis devant vostre clarté.
Chacun d'un œil veillant vos actions contemple; Vous estes la lumière assise au front du temple. Si elle reluit bien, vostre sceptre luira; Si elle reluit mal , le sceptre périra.
Il faut bien commencer : celuy qui bien commence. Son ouvrage entrepris de beaucoup il avance.
Sire, commencez bien à vostre advenement.
De tout acte la fin suit le commencement.
Il faut bien enfourner; car telle qu'est l'entrée, Volontiers telle fin s'est tousjours rencontrée.
Vous ne venez en France à passer une mer
gui soit tranquille et calme et bonasse à ramer; fie est du haut en bas de factions enflée ( i] » Et de religions diversement souflée. «
Elle a le cœur mutin , toutefois il ne faut D'un baston violant corriger son défaut ; Il faut avec le temps en son sens la réduire : D'un chastiment forcé le meschant devient pire.
Il faut un bon timon pour se sçavoir ^ider, Bien calfeutrer sa nef, sa voile bien guinder; La certaine boussolle est d'adoucir les tailles, Estre amateur de paix , et non pas de batailles, Avoir un bon conseil , sa justice ordonner.
Payer ses créanciers , jamais ne maçonner,
I. A cause des princes et du party de ceux de la religion prétendue.
Estrc sobre en habits , estre prince accointable , Et n*ouyr ny flateurs ny menteurs à la table.
On espère de vous comme d'un bon marchand , Qui un riche butin aux Indes va cherchant , Et retourne chargé d'une opulente proye , Heureux par le travail d'une si longue yoye : Il rapporte de l'or, et non pas de l'airain.
Aussi vous auriez fait si long voyage en vain , Veu le Rhin , le Danube , et la grande Allemaigne , La Pologne, que Mars etl'hyver accompaigne.
Vienne , qui au ciel se brave de l'honneur D'avoir sceu repousser le camp du Grand-Seigneur ; Venise marinière , et Ferrare la forte , Thurin qui fut françois('), et Savoye qui porte, Ainsi que fait Atlas , sur sa teste les cieux ; En vain vous auriez veu tant d'hommes, tant de lieux , Si, vuide de profit, en une baraue vaine Vous retourniez en France après si longue peine. Il faut faire, mon prince^ ainsi qu'U lisse fit. Qm des peuples cogneus sceut faire son profit. [Comme à vostre retour soigneusement vous faites , Honorant vostre estât des loix les plus parfaites, Ayant à vos François , après mille dangers , Enseigné les vertus des peuples estrangers.]
Mais quoi ? prince invaincu, le sort ne m'a fait estre Si docte que je puisse enseigner un tel maistre ; En discours si hautains je ne doy m'empescher, Et ne veux faire icy l'office de prescher.
Ma langue se taira ; vos sermons ordinaires, La complainte du peuple , et vos propres affaires , Vous prescheront assez ; ce papier seulement S'en va vous saluer, et sçavoir humblement De vostre Majesté si vous, son nouveau maistre ,
I. Henry II l'avoit en ses mains et le possedoit; mais il fut rendu , avec tout ce que l'on tenoit du Piedmont , par le mariage qui fut fait de Marguerite, sœur du roy, avec le
E rince de Piedmont, depuis duc de Savoye, et tout après i bataille de S. Quentin.
282 Le Bocage'royal.
Le pourrez par sa Muse encores recognoistre.
Il n*a pas l'Italie en poste traversé (i) Sur un cneval poussif, suant et harassé, Qui a cent fois tombé son maistre par la course ; Il n'a vendu son bien à fin d'enfler sa bourse Pour vous aller trouver, et pour parlera vous, Pour vous baiser les mains , embrasser vos genous , Courtiser, adorer ; il ne le sçauroit faire , Son humeur fantastique est aux autres contraire. Ceux qui n'ont que le corps sont nais pour tek mestiers. Ceux qui n'ont que l'esprit ne les font volontiers.
Toutefois , sans courir et sans changer de place, Il est asseuré d'estre en vostre bonne grâce; Encor le desespoir ne l'a pas combatu :
L'honneur aime l'honneur, la vertu la vertu.
S'il vous plaist l'appeller , sans farder une e3CCttse*; Il vous ira trouver avec la mesme Muse Dont il chanta Henry (>}, son Charles, et aussi Vous , à présent son Roy, des Muses le souci ; Ou si vostre disgrâce à ce coup il essaye, Il sera cazanier comme un vieil morte-paye , Qui renferme sa vie en quelque vieil chasteau , Acrochant, paresseux, ses armes au râteau, Au pays inutile, et, moisi de paresse, Près ae son vieil harnois confine sa vieillesse.
1. Comme Chèmeraut, qui après la mort de CharlerIX fi^ envoyé en poste par la royne mère en Pologne , pour adver* tir le roy da deoës de son frère Charles , lequel fit telle diligence qu'il arriva dans treize jours à Cracovie. Memy fut eiK voyè après luy, le mardy ensuivant, avecla mesme^cbarg^r