‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 125 sur 155 · I. Il estoit duc d'Anjou · texte numérisé non relu

I. Il estoit duc d'Anjou

z. Dans une feste qu'on nommoit les Saturnales, les maistrès faisoient les valets , et les valets les mattres.

Le Bocage royal. 28$

Il faut que mon humeur se purge sur quelqu'un;

Mais je ne puis sans vous ; sans vostre faveur, sire (a) ,

Je n'ose envenimer ma langue à la satyre.

Si est-ce que la rage et Tulcère chancreux

Me tient de composer ; le mal est dangereux

Qui desplaist à cnacun ; mais si je vous puis plaire ,

Il me plaist, vous plaisant, d'escrire et de déplaire.

Qui , bons Dieux ! n'escriroit voyant ce temps icy ? Quand Apollon n'auroit mes chansons en soucy , Quand ma langue seroit de nature muette , Encores par despit je deviendrois poète.

C'est trop chanté d'amour et en trop de façon : . La France ne cognoist que ce mauvais garçon, Que ses traits, que ses feux ; il faut qu'une autre voye Par sentiers incognus sur Parnasse m'envoye , Pour me serrer le front d'un laurier attaché. D'autre main que la mienne encores non touché.

Après que vostre esprit et vos mains diligentes Seront lasses du faix des affaires urgentes, Aux heures de plaisir vous pourrez vostre esprit Esbatre quelquefois en lisant mon escrit.

S'il y a quelque brave ou mutin qui se fasche , Et qui entre ses dens des menaces remasche.

Pour se voir ou de biens ou de faveur desdit ; Si un plus qu'il ne doit veut monter en crédit ; Si quelqu'un en faveur de sa faveur abuse , S'il fait le courtisan et s'arme d'une ruse; Si quelque viloteur aux princes devisant Contrefait le boufon, le fat ou le plaisant; Si nos prélats de Cour ne vont à leurs églises ; Si quelque trafiaueur, qui vit de marchandises. Veut gouverner l'Estat, faisant de l'entendu; Si quelqu'un vient crier qu'il a tout despendu

a. Var. :

La hile abonde en moy, voicy le renouveau, Il faut contre quelqu'un descharger mon cerveau, FujeZy meschans , fuyez; mais sans vostre ayde, sire.

288 Le Bocage royal.

Malin, j'offenserois contre toute la France, Dont vous portez le faix dès vostre jeune enfance, S'importun, j'amusois vostre divin esprit (Aux affaires bandé) par un fascheux escrit.

Dieu ne demande pas (car Dieu rien ne demande) Qu'on charge ses autels d'une pesante offrande; Il n'aime que le cœui\ il regarde au vouloir, La seule volonté l'offrande fait valoir.

Ainsi suyvant de Dieu la divine nature, Vous prendrez mon vouloir, et non mon escriture.

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