A TRÈS-HAUTE ET TRÈS-ILLUSTRE ET TRÈS-VERTUEUSE
PRINCESSE ELISABET. .
RoyiK d'Angleterre.
Mon cœur, esmeu de merveilles, se serre Voyant venir un François d'Angleterre .
Lors qu il discourt combien vbstre beauté Donne de lustre i vostre royauté.
[Beauté qui est en grâce si extresme Que nen ne peut la vaincre qu'elle niesme.
Pour estre seule exemple très parfait ' Sur qui le ciel si grand miracle a fait , Puis en rompit le moule émervéillable Pour n'en refaire au monde de semblable.
)24 ^^ BocAOB royal;
Afin que telle en terre tons fussiez .3
Et que pareille en beauté tous n^ensiiez.
Car, quand j'oy dire à cem qui vous cogaoide&t Qi)e les oeautez diverses appiroissent Sur vous f Madame, et t hnsent ainsy Que luit un del d'estoiles esclaircy Aux nuicts d'hyver, quand les belles planettes
Sui de la mer sortent deres et nettes îontrent leur face , et du dair de leurs yeux Dorent la nuit et font faonneuir anxrieux ;
Puis quand on dit qu'avez tnis en reserve j Tous les beaux arts de la grecque Minerve , Et qu^avez fait de vostre beau cerveau Naistre en savoir un Mercure nonvean ,
S in vous conduit la main à bien escrircy îîracle estrange , et la langue à bien dire , A bien parler et à bien discourir Pour lé secret des sciences ouvrir.
Que vous sçavez conter en tous langages, Ayant choisi les livres les plus sag^; Et c'est pourquoy outre Tiiumain devoir Les plnsfiçavans vous passez en sçavoir Pour demojarer la merveille des dames En qui le âel alnis de belles âmes;
Puis quand on dit que vous avez pillé L*or et la soyc et qu'âVez habillé De leur splendeur vos longues tresses blondes '
$ui sur la joue, en s'allongeant comme ondes, ont quelquefoB, et quelquefois aussi Ont leur beau cours d'un scophion racourcj i Dont le gaillard et délicat ouvrage Pourroit gagner non ramoureux courage '
D'un qui seroit de nature courtois , Mais rcstomach d'un barbare Scythois, S^il côntemploit la douce mionotize De vostre chef, alors qu'il s^sidonise >>
D'un beau bonnet , ou , le voyant encor ' Couvert d'un ret fait de perles et d'or^
Qui
Le Bocage royal. )2{
Et audessoiAS U ronde et nettet oreille Servant de lustre à la joue vermeille Et au beau col délicat et mollet , Dont la blancheur est plus b)anche<|ue lût Que sur du jonc une pucelle appreste^ Estant oysive au lon^ )our d'une feste , Et, entremet mille fraises parmy, Pour le donner à son nouvel amy j ^ui seul, absent, s'escoule de misère, rosant la voir pour crainte de sa mère ; Puis quand on dit que vous portez au front Cent majestez royales qui vous font Presoue adorer, et qne portez ensemble Une Qouceur qui vos suojets assemble Sous vostre sceptre , ayant en gravité Joinct la douceur avec la majesté;
Puis quand on dit que les. flammes fatales (>) Vous furent tant, en naissant, libérales
?ue d'enrichir de leurs feux les plus beaux os yeux divins, plus clairs que ces flambeaux Qui vont sauvant du danger la navire
?uand le fort vent la frappe de son ire, eux maintenant cruels et gratieux Tantost bénins , tantost audacieux , Clos, demy-clos, oui d'une œillade tirent Ainsv qu'un haim les cœurs qui les admirent, Penaus en eux ; yeux jumeaux où l'Amour, Le Jeu , la Grâce , ont basty leur séjour, Tant ils «ont beaux et tant ils se descouvrent; Doux , quand aux cœurs le Paradis ils ouvrent , Le Paradis en terre, ou le Plaisir Y a voulu sa demeure choisir ;
Puis quand on dit que le vermeil des roses Tout fraischement dessous l'aube descloses, Et les œillets et la blancheur des Hz Tout fraischement sous l'aurore cueillis, Ont coloré le teint de vostre joue,
I» Ut asties. u
$26 Le Bocags rotal^
04 la Cyprme et la Grace se joue; - ^
Puis quand on dît <)u'uii cpsraîl rerooté Qost et rondeur d'us et d'a«tre costé Le beau portrait de f os lèvres fomellcs.
Et que deux rangs de perles naturelles Ornent vos dents, d'oa sortent ce doux ris Et ces beaux mots, les appâts dti esprits j
?oi tout ravis pcndeot à vostre boucne^ «itla douceur de vos propos le$ touche; Bref, quand on dit qiie vos bras, que vos nuûnSy Ope vostre aller estooaenl les humains , Qui osent bien regarder vostre face y Et qite surtout vous avez tme grâce Dans le ciel née, nn geste et un maintien
gu'homme mortel n'oseroit dire sien , rparsus tout une façon de faire Que l'art humain ne sçanroit contrefaire; HLors, en oyant si braves raconteurs.
Dedans mon cœar je les petise menteurs Et ne K^urois comprendre en ma. cervelle Qu'on puisse veoir une royoe si belle.
Iim'est advis que |e songr en mon lict Ou que padvtse un fantosme de nuict.
Qui çà, qui là, autour de mes yeux vole.
Ainsi qu'un oinbre incertain et frivole ^ Dont je ne puis la forme retenir, Ny ap matin de luy me souvenir,] 0) Et lors [e dy : Si ceste royne angloise Est en beaoté pareille à rEscossofse(2)y Comment voit on , en lumière pareils , Dedans une is(e ensemble dçux soleils ?
S'il est ainsy, o cr^d soleil du monde, ^u as raison de n^ibreover ^n Tende
D'nn^tel pays tes beaux chevaux lass^ ; Sans toy leurs yeux y font do jour assez»
1. Ces ven , conservés jusqu'à Tédition de i jyS, ont &- Bira , sauf les huit fremiets , dans l'éditioft de i {84 , et ont été entièrement supprimés dans les éditions posthimes.