‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 134 sur 155 · Marie Stuait, la plus belle princesse qm hit iamaiSr · texte numérisé non relu

Marie Stuait, la plus belle princesse qm hit iamaiSr

LfS Bocage royal. ^27

Or pour sçavoir si vraye est la nouveHe, Si tost qù'auciel on verra Tarondelle Du triste hy ver nous annoncer la fin Je veux aller en Angleterre^ afin De voir vos yeux et vostre isle royale Qui en la mer ne trouve son écale.] (a)

On dit qu'au temps que les dieux habitoient Ça bas en terre, et les peuples hantoient, Que l'isle vostre alloit libre sur Tonde, Comme Delos errante et vagabonde , Et que son pied par un nouveau destin N'estoit serré d'un lien aimantin ; Mais sans tenir à nulle chaisne dure Flot dessur flot erroit à Tavanture.

Souventefois le nocher hirlandois L'a rencontrée au rivage flandrois.

Près de sa nef, sur la vacue eslevee, Puis au retour bien loki l'a retrouvée , Aucunefois, sautant comme un mouton , S'alloit jouer au rivage breton , Puis, enflotantoù son pied luy commande, Se blanchissoit de l'escume normande ;

Aucunefois s'en venoit balloyer Le flot qui vient à Boulongne ondoyer.

Puis tout soudain sauteloit à la rive Où l'Océan à Graveline arrive ; Puis alloit voir les Orcades; après D'un long chemin revenoit à Calais.

Un jour estant vers Calais arrestée, Voicy venir le dieu marin Protée, Qui , de son gré vagabond, s'absentoit Bien loin d'Egypte, où, prophète, habitoit, Ayant laissé sa denieure tertille , Trop irrité contre sa propre fille,

a, Var. Ces 10 vers sont réduits à deux dans les éditions posthumes :

Ou bien on voit deuxfUtmes esdairantes De mesmt^ftu, mm de sort différantes.

))o Lk Bocage royal.

Appellera les isles par honneur,

Tu marcheras devant Tisle de Crète,

Bien qu'elle soit la nourrice secrète 'À

De Jupiter, et marcheras aussi

Devant Samos, de Junon le souci ,

Et devant Rhode ingénieuse , encore

Que le soleil sur toutes elle adore.

Bien loin, bien loin les Çrcades viendront

Après ta queue, et, petites, tiendront

Rang sous tes pieds> estant princesse telle

Oue de ton sein à la large mammelle . .

Alâicteras mille vaillans Artus ^

Grands rois armez de fer et de vertus.

Du sang tyran les mains auront trempées i '

Et des grands Coups de leurs grandes espées,

En comoattant pour l'honneur de TAmour,

Feront sonner les forests d'alentour.

« De tels guerriers courra par tout le monde L'honneur fameux ^ et de leur table ronde, Grands palladins de prouesse^ animez, Qui aux combats armez et desarmez Pour le secours des pauvres damoiselles , Hardis, feront des emprise^, si belles

Îue le vieil temps n'en sera le vainqueur, ânt vaut l'amour espris en un bon cœur.

« De là viendront les pfeux et les gensdarmes/^ De lâ viendront les escolies des armes, Combats , assauts , barrières et tournois , Et de briser le fer sur le harnois.

a Entre ces preux doit régner un prophète,

?tte vif et sain «ne femme parfaite n art magique enfermera dedans Un froid tombeattpiiMlr 'y finir ses ans.

« En ce tombeau l'ame sera vivante , Et dedans l'ame une voik resonnante Entre les os, qui dira les destins Et les dangers aux nobles palladins, Oyant l'oracle en mainte et mainte sorte

Le Bocage royal. jji

De la despouille ensemble vive et marte*

« De tous les dieux tu taras en honneur; • Mesmes Junon respandra le bon-heur Dessus tes champs de sa mammelle pleine J Un seul Bacchus doit se EK)ufer de naine Contre ton isle, et comme à tes voisins N'enrichira tes coutaux de raisins.

a Mais quelque jour Cerès la vagabondé.

Avant tourné les quatre parts du monde , Cnerchant sa fille au travers des humains^ Tenant deux pins allumez en ses mains, Doit arriver lassée à ton rivage,

8ui pour du vin te doit faire un breuvage on corrosif ny violent ny fort, Trouble-H:erveau, ministre de la mort, Mais innocent à la province angloise Et de Cerès sera nommé cervoise , Et se pourra si gracieux trouver Que tes voisins s'en voudront abreuvei^.

« Bientost verras ta terre fructueuse Estre en palais superbe et somptueuse, Et en citez et en ports spacieux , Dont les sommets voisineront les deux.

« Alors Cerès, d'Abondance compagne ^ Fera jaunir de froment ta campagne.

Et tous tes champs attront le ventre plein De mines d'or et d'argent et d'estain , Qu'au plus protond de tes plus riches veinés Le grand troupeau de^ Nymphes souterraines Iront cherchant, choisissant, affinant, Lavant . cuisant , et d^un marteau sonnant Dessur renclume à la fournaise neuve > Feront d'argent ondoyer un grand flèûVe, Qui doit servir de montioye à chacun ; Car à chacun l'argent sef a commun.

« I^Bien tost courant au travers de la plaint A crins espars , soufflant à grosse haleine , Brusque, aspre^ allègre, au combat le premier,

l\Z I4B Bocage royal.

Voiras haoïûr te beau cheval guerrier..}

« D'antre costé, le long de tes rivagei^ > Entre les fleurs , an milien des herbages., Ou snr les monts anx nefdoyam coupeaux»

Verras errer mille et mille troupeaux , Blancs comme laict, dont la Lune am^ure^se De leurs toisons serok hieD désireuse ; Car, çemme on dit, la Lufiie eut le çoem: pri^ D'une toison blanche de riche prix.

Ainsi qi^'on voit dessur Tarène Monde De la gr^nd mer une onde suWre une onde. Puis sur une autre une autre s'élever;

c Ainsi verras à Testable arriver Devers le soir, ou à midy sous Tombre, De grands troupeaux une foulle sans nombre; L'un après l'autre^ et marchant en a^Y^nU D'un ordre esp;iis iront s'entre-snivant, Troupe sur troupe empKssant les estables; Les uns seront d'âge et de poi^ sembUbles^ Les uns cornus , et les autres laineus , Dont les tPiisons crespes de mille nœiwls Perdant par art leur preqir^e naturet Se changeront en diverse teinture ^ Que les grands roys tourneront en ha.bit^^ Ornez du dan de tes rkhes brebis.

[Plus précieux que la soye estrangère Qu'un Florentin ouvre oe main légère.

c Bien tost verrai tes faunes et les Pans Aux pieds de bouc, a^artele» comme faons, Courir après tes nymphes fontainières Et se pjoneef au protond des rivière&y Crai^nt Ta main du satyre cornu A qui l'amour encore n'est veutt Poindre le cœur, et dont Famé sauvage N'a point senty que peut un beau visage Ny un bel œil qui pourroit allécher D'un seul regard en amour un rocher.]

M Bie«* t(^ YWa la Tamise superbe

Le BOCAGfi ftÔVAl. )))

Maints cygnes blancs j^leà hostes de son herbes En nomm cspais , pms élevez aux cieuXt Tout à Tcntour des bords délicieux Jeter un chant pour signe manifeste Que maint poète et la troupe céleste Des Muses sœurs y feront quelque joùf') Laissant Parnasse, un graUeux séjour (a)« Pour envoyer aux nations estranges Des rois anglois les fameuses louanges^ »

Puis se tournant devers le pied mangé D'un chesne creux , advise un camp logé De blonds fourmis , qui dedans leur tesnière Brilloient couverts de paille et de fougère.

a Change, Neptune^ en peuple (ce dit-il) Tout ce monceau diligent et subtil A travailler, et à mettre en reserve D'un prudent soin le bien qui noxis conserve y Pour estre actifs et soigneux tout ainsi Qu'est le fourmv au labeur endurcy. »

A peine eut ait, que le chesne remue Sans aucun vent sa perruque menue, Et en branlant ses rameaux accorda Ce que Protée en priant demanda.

Lors ces fourmis transmuez se trouvère)it ; Un plus grand corps sur deux pieds eslevèrent ; Aux deux costez des espaules leur pend Comme rameaux des grands bras; et plus grand Devient leur chef, et phis grande leur bouche ; Et pour le creux d'une sauvage sohche

A. Var. (éd. posthoities) :

Chantants en Vair d'un son mélodieux , Tourner ses bords et rijoujr les cieux , Oiseaux sacrez à Phtbus^ j^ur prédire Que les neuf Saurs , et l'autheur de la lyre , changeant la Criée, y feront quelque jour Comme en Parnasse un désiré séjour.

)')4 I^E Bocage royal.

Voitt par les champs de rang , comme ils souloient Aller l'esté ouand les champs ils piHoient , Lors qu'ils cnargeoient sur lear aos porte* proji^ Les grains de bled par une estroitte voye.

Ces animaux de nouveau transformez De grands outils se virent tous armez.

L'un plante aux champs une forte charrue , L'autre en ses mains porte une bizagûe; L'un tient un van , l'autre tient un râteau , L'autre une fourche, et l'autre un grand couteau; Mais la plus-part branioit, armes guerrières,/ Haches , poignars , piques , lances Tresntères , Arcs voûtez d'if, flèches, traicts , et carquois, ^ Et sur le dos leur sonnoit le hamois , ^

Race de gens vaillante et magnanime^ Aspre au combat, et qui, guerrière, estime L'homme estre heureux et comblé de boQ-heuK Quand par la vie il achette l'honneur.

Adonc Froté', voyant tant de gehsdarmes, • Qui desiroient de nature les armes , Pareils en âge . en force et en vigueur, De tel propos leur moilissoit le coeur :

« Contentez-voûs , enfans, de vostre tenre, Et si ardans ne courez à la guerre; Comme amoureux du sang ne bàtaÎHez , Et vos voisins par armes n'assaillez.

Par vous ne soient en poignantes espées,* Ny vos râteaux ny vos faux détrempées ^ Et ne creusez vos sapins en vaisseaux , Et pour le gain ne tourmentez les eaux.

« Soient vos esprits amoureux de science , Du cours du ciel ayez expérience, Des arts humains qui font rhomme courtois; Vos grand's citez orne; de belles tois, Ne les changeant quand elles sont receues Pour autres lois nouvellement conceues; Aimez les bons , chastiez les meschans , £t bien-heureux vivez parmy vos champs. v

Le Bocage royal. )}5

Las ! j'ay grand peur que ce morceau de terre (^i de la France est joinct à f Angleterre Cause ne soit de malheur à venir ; Car estranger ne se pourra tenir De retourner au lieu de sa naissance, Et vous après avecq* forte puissance Pour le r'avoir franchirez vostrè bord , Mettant sans fin vos terres en discorde

a N'offensez point par armes nj par noise, Si m*en croyez , la province gauloise ; Car bien qu'il fust destiné par les cieux Qu'un temps seriez d'elle victorieux , .

Le mesme ciel pour elle a voulu faire .

Autre destin au vostre tout contraire.

a Le Gaulois semble au saule verdissant :

Plus on le coupe et plus il est naissant, Et re-jettonne en branches d'avantage j Prenant vigueur de son propre dommage.

Pource , vivez comme amiables sœurs :

Par les combats les sceptres ne sont seurs.

« Quand vous serez ensemble bien unies , L'Amour, la Foy , deux belles compagnies , Viendront çà bas le cœur vous eschauiter.

Puis, sans harnois , sans armei et sans fer, Et sans le doz d'un corselet vous ceindre , , Ferez vos noms par toute Europe craindre ; Et l'âge d'or verra de toutes pars Fleurir les lis entre les leopars.

« Tu ne seras , isie bien-accomplie , Claire d'honneur et de vertu remplie , Sinon au jour qu'une royne naistra , Qui comme un astre icy apparoistra.

Elle aura nom Elisabet , si belle Qu'autre beauté ne sera rien près d'elle.

d [Elle rendra son pays honoré Par la vertu du beau siècle doré Qui florira sous sa riche couronne, Ayant banni la Discorde et Bellonne,

)}6 Lb BoCaGB ftûYAL.

Af>rès avoir les faaraois despottiHec Pendus au croc, Uus raoisis et rouilles i En qui l'abeilk en un gaufré espace Fera son aiiel, l'araire sa fillace.]

« Geste pnncesse, «u cœur royal et haut»

Pleine d'un sang tout magnanime et chaud.

Jeune de face et vieille de prudence, Par grande ardeur fera la guerre en France »

Et couvrira les eschines des eaux De masts , de fusts , de voiles , de vaisseaux (à)^ (^i de leur Creuk sur l'arène semée Feront espantke une moisson armée D'hommes cho-geatie hamois fremissans.

Et de chevaux aux combats hennissans.

« Mab, rencontrant une royne prudente ji des François sera sage régente,

ive d'esprit et meure de conseil , Retirera soudain son appareil , Après avoir sa gloire accompagnée Au premier bord d'une ville gaignée«

a Puis sans avoir de Mars trop de souci , Elle estant royne, et l'autre royne aussi , Estimeront les martiales fiâmes Duire plustost aux gendarmes Qu'aux femmes, Qui de nature ont le sexe plus doux, Enclin à paix , ennemy de courroux.

a Pource, on verra bien tost fleurir entre elles Des amitiez pour jamais étemelles, Qui les feront plus craindre que les rois Qui sur le dos ont toujours le harnois, rTout ce qu'a feint l'antique poésie D'honneur, de saint, de bon, de courtoisie, L'enrichira, et la voûte des cieux N'aura miroir en terre que ses yeux.

e. Var. :

Couvrant le dos de Neptune vtttUux De caracons et de vaisseaux veutnux.

Lb Bocage royal, ^ ^7

II n'y aura science ni doctrine Qui ne se caché en sa chaste poitrine , Séjour d'honneur qui est moins revestu D'or engemmé que de toute vertu , Qui la fait luire au milieu dès princesses Comme Junon entre les grand s déesses ; Car la vertu, non les biens proprement, Des roynes est tousiours l'accoustrement ; Et, bref, en tout elle sera royalle , Douce, courtoise, honneste, libéralle, Qui à chacun d'un cœur large et entier Fera présent digne de son mestier.

Estimant plus une belle louange Que le trésor d'une province estrange , Car sans l'honneur inutile est le bien.

Après la mort, un grand roy n'est plus rien S'il n'est chanté d'une muse animée, Qui du tombeau ravist sa renommée , Ne souffrant point qu'ainsy qu'un bûcheron Il aille boire aux rives d'Achéron, Mais desrobant du trépas ses beaux gestes", D'homme l'envoyé au nombre des célestes , Et fait flamber son nom comme un soleil; Car autrement il deviendrait pareil Au sonce vain qui de nos yeux s'absente (1) Quand Ta nuit vient et le jour se présente. »

A tant se teut le Dieu marin Proté , Qui du rivage en la mer est sauté :

La mer l'enferme , et l'eau qui pirouette Fit mille tours sur le chef du prophète.

I . Dans l'édition de i $84 et dans les posthumes, ces trente ▼ers sont remplacés par les deux suivants :

D'autant qu'on voit la paix estre meilUun Que U discorde qui en enfer demeure.

Ronsard, — IIl. 22

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