‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 143 sur 155 · M. VIT · texte numérisé non relu

M. VIT

Ont fait ravir l'honneur des siUles anciens, Ety femmes, suifêfsii' /«r hommes de leur âge. Ronsard' HL 24

370 Le Bocage royal.

La vertu de leur sexe invincible et parfait ; [Royne à qui nostre roy humWement obtempère , Dessous qui le François s'entretient et tempère, Qtti^ sise au gouvernail, fpar jugemens prudens Sçais reculer la nef des périls évidents Pour la conduire au port: car tant plus tu rencontres D'erreurs, d'opinions , de sectes et de monstres, Que, sage, tu occis (comme Hercule tua L'Hydre qui contre luy cent testes remua).

Plus ta victoire est grande, et tant plus estoffées Tu verras tes vertus de superbes trophées , Attendant que ton fils, favorisé des cieux.

Porte le sceptre en main que portoient ses ayeux , Lequel croist dessoubs toy, comme une fleur nouvelle Croist pour le passetemps d'une jeune pucelle Qui , soigneuse , l'arrose et la cultive , afin Qu'une gentille fleur croisse d'un petit brin ; Si à plus haut discours tu n'as preste l'aureille , Entends un peu mon conte et tu oyras merveille.] (a) L'autre jour que j'estois , comme tousjours je suis, Solitaire et pensif (car forcer je ne puis Mon Saturne ennemy) , si loin je me promeine

Sue seul je m'esgaray dessur les bords de Seine , n peu dessous le Louvre, où les Bons- Hommes sont Enclos étroitement de la rive et du mont.

Là^ comme hors de moy, j'accusois la fortune Qui ne me fust jamais que marastre importune ; Je blasmois ce destin qui m'avoit condemné

a, Var. :

Si h plus haut discours ton esprit ne s'envole, Preste-moy ton aureille et entens ma parole , Pour me plaindre de toy et du bien mal donné Qui fut au temps passé des pires ordonné, Non pour recompenser les enfans ny les femmes , Mais les hommes sçavans ministres de nos âmes,

(Ed* posthumes.)

Le Bocage royal. 571

Si malheureusement avant que d'estre né {a)'; Je blasmois Apollon , les Grâces, et la Muse, Et le sage mestier qui ma folie amuse; Puis, pensant d'une part combien j!ay faict d'escris, Et voyant d'autre part veillir mes cheveux gris , Après trente et sept ans , sans que la destinée Se soit en ma faveur d'un seul poinct inclinée , Je havssois ma vie, et confessois aussi Que rantique vertu n'habitoit plus ici.

Je pleurois Du Bellay, qui estoit de mon âge, De mon art, de mes mœurs et de mon parentage , Lequel , après avoir d'une si docte vois Tant de fois rechanté les princes et les rois , Est mort pauvre . chetif, sans nulle recompense , Sinon d'un peu a'honneurs que luy garde la France.

Et lors , tout desdaigneux et tout remply d'esmoy , Regardant vers le ciel , je disois à part moy : « Quand nous aurions servi quelque roy de Scythie , Un roy Got ou Gelon, en la froide partie Où le large Danube est le plus englacé , Encor nostre labeur seroit recompensé. 3>

Ainsi , versant de l'œil des fontaines amères , Dedans mon cerveau creux je peignois des chimères , Quand je vy arriver un devin , qui avoit La face de Rembure à l'heure qu'il vivoit :

Son front estoit ridé , sa barbe mal-rongnée , Sa perruque à gros poil ny courte ny peignée , Ses ongles tout crasseux; lequel me regarda Des pieds jusqu'à la teste , et puis me demanda : ce D'où es-tu, où vas-tu, d'où viens-tu à ceste heure ? De quels parens es-tu, et où est ta demeuré? »

Je lujr respons ainsi : « Je suis de Vendomois, Je n'ay jamais servi autres maistres que rois,

tf. Var. :

La mire des flateurs, la marastre importune Des hommes vertueux, en vivant condamnez A souffrir le malheur des astres mal-tournez.

372 Le Bocage royal.

J'ay long ttiap» voyag* «un» tendre jenvene, Désireux 4e louange, eiHiemi dé paresses

A la fin Apolloft ef ses Sœurs roloirtiefy En Fantre Tnespien m*apprmdrent leurs mestier &, A bien fttîce ées vers , à bren ponleer 1^ If ne, A sçavoir fMotiner^ * sçavoir desso» drre Les louaftges des roiy^ et en mille façon?

A sçavoir marier fes cordes* aux chansons; \\s me firent dormir en lewr potte secrette-. Me lavèrent trois fois et me firent poète; M'enflanrèrent IVsprit de furieuse ardeur^ Et m'emplirent le cour d'audace et de grandeur.

Lors je n'eus pour sujet les vulgaires personnef , Mais, wrrdf, je me pris aux rois porte^coufonnes. O docte roy François, si tir eusses vescu, Le sort qui m'a dbnté ne m'eust jamais" vaincu (a). Je celebray Henry et ses œuvres guerrières , Voire en tant de façons et en tant de manières^, Que les plus nobles preux qui virent aujourdliuy Par l'encre ne sont pas tant célébrez que luy.

?ue me vaudroit icy ses louanges redire , iiis qu'en mille papiers un chacun les peut lire? Apiïs je celebray en mille chants divers La royne son espouse(»), honneur de l'univers, Et fis de tous coste? aux nations estranges Par le vol de ma plume espandre ses louanges. Je chantay la grandeur de ses nobles ayeur, Et, de terre élevez, je les mis dans les cieux. Je chantay l«s eaux d'Ame (^), et Florence sa fille. Comme Phebus ardent nomma la Tusque ville Du nom delà pucelle, après avoir esté Ardeotement ravi des rais de sa beauté, Et comme Arne prédit du milieu de son onde

û. Var. :

J'eusse par ta-fimur mon noir Dtstinyainca.

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