‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 151 sur 155 · La tombée de la nuit · texte numérisé non relu

La tombée de la nuit

4o8 Lb Bocage royal'.

3'entr*ouvrc l'huis , lors ie coffnus Amour.'

Une frayeur plus froide qu un glaçon Saisit mes os , ]t perdis contenance ; , Car dès long-temps j'avois eu cognoissance , A mon malhievr, de ce mauvais garçon.

c N'est-ce pas toy qui fus long-temps à moy , Quand tout ton sang bouiUonnoit de (eunesse , Qui te donna} mainte belle maistresse ?

Ouvre ton huis , je veux loger chez-toy ;

a Qui te prestay mes flèches et mes dars.

Qui te baillay tous mes secrets en garde; Qui le premier devant mon avant-garde Portois l'enseigne entre tous mes soldars ? »

Je luy respons : a Tu ne m'es estranger ; Je te cognois, artizan de malice !

Malheureux est qui vit à ton service , Et plus maudit qui te daigne loger.

« Petites mains, petits pieds, petits yeux, Oiseau léger qui vole d'heure en heure , Sans foy , sans loy , sans arrest ny demeure , Que la paresse a mis entre les Dieux ;

« Sorcier, charmeur, aifeté, mesdisant, Confit en fiel et en miel tout ensemble , Ton coup de flèche au coup d'aiguille semble , Petite playe. et le mal bien-cuisant.

<c Tes meilleurs biens ce sont souspirs et pleurs. Larmes, sanglots, desespoir et la rage.

Une langueur qui trouble le courage, Prisons , regrets, complaintes et douleurs.

a Tu perds le temps , finet, à me prier; Va-t'en ailleurs, tel Dieu je ne révère; Tu as besoin d'un hoste plus sévère Qui tous les jours te vueille chastier.

« Je suis trop doux, il te faut un seigneur Qui te commande et qui foule ta teste , '^iii rudement ta jeunesse admoneste :

u ne vaux rien sans un vieil gouverneur. »

Jl me respond : c< Quelle ville est-cecy ?

Le Bocage royal. 409

Est-ce pas Blois ? je la pense cognoistre :

J'y pourroy bien pour une nuict repaistre; Quelque amoureux aura de moy soucj.

— Vrayment , Amour, je te voy bien puny D'aller si tard et mendier ton giste;

Il est minuict : parce marche plus viste, Monte au chasteau , et demande Pougny.

« Il est gaillard , courtois et généreux, II cognoist bien tes traits et ta nature :

Ce luy sera bien-heureuse âvantuie, Loger AmoUr, comme estant amoureux.

— Mon cher Pougny, puisque le sort fatal Me fait errer, loge-moy , )e te prie :

Ainsi tousjours puisses-tu de t'amie Avoir faveur sans crainte d*un rival. »

Pougny respond : a Je révère ton nom, Je suis des tiens , il faut que je t'enseigne Place à loger : va t'en où pend l'enseigne Du Chevalier {i)y\t loçis y est bon.

« Tu trouveras en diverse façon Assez de lieux ; car la cour n'est pas grande > Chaque logis pour hoste te demande , Mais le meilleur c'est l'Escu d'Alençon.

'< Si tout est plein , je veux t'enseigner où. Tu logeras ; et pource ne regrette Le temps perdu : la meilleure retraitte Qui soit icy , c'est à Phostel d'Anjou.

« Là tu auras , si tu es arresté , Un giste seur ; mais si tu es sauvage , Fier, desdaigneux , inconstant et volage , N'y loge pas , tu serois mal-traicté.

« Ce bel bostel est enrichy d'esmail, De perles sont les portes estofées , Palmes, lauriers, couronnes et trofées Pendent de rang sur le haut du portail.

a D'un tel logis le seigneur redouté

1. C'estoit une enseigne, à Blois, où peut-estre on faisott l'amour en ce temps-là.

410 Le Bocage royal.

Va couronné d'honneur et de jeunesse; Mars et Pallas, la Vertu, la Prouesse , Pour compagnie honorent son costé.

a Le vicieux en ce palais ne fait , Comme lieu sainct, ny séjour ny sortie :

Telle maison par le ciel fut bastie Pouf y log[er un prince très- parfait. »

Il dist ainsi , et Amour s'en alla Vers toy , seigneur de la terre angevine. C'est un enfant de nature maline , Qu'en lieu d'amer Amour on appella.

il faut le battre et le faire crier, Rompre son arc , luy oster toutes choses, Carauois et traicts . et de chaisnes de roses Jambes et bras esclave le lier.

Et si Venus apportoit en sa main Rançon pour luy , pren le fils et la mère, Les punissant d'une juste colère , Comme ennemis de tout le genre humain.

Mais s'ils vouloient tous deux abandonner, CNÀtakênt ton nom , leurs mauvaises pensées , Pardonne , prince , à leurs fautes passées :

Un prince ooit les fautes pardonner.

LA VElRtU AMOUREUSE

A TRtS ILLUSTRÉ PRELAT

hybrOnvme de la rouvere

Bvesque de Toulon (i).

C'estoit au point du jour (quand les plumes du Somme Ne couvent qu'à aemi les yeux lassez de l'homme, Qui veille tout ensemble et tout ensemble dort,

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