‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 18 sur 155 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Pour ton espouse à toy ferme liée, Du .fiiz d'Acnille à tort répudiée.

Vive ta Troye et ton mur |a parfaiot Sur le patron d'IIion contrefaict.

Adieu , mon sangl D'une longue volée Je m'en retourne en Tobscure vallée.»

A peine eust dit, soudain le frère alla Pour Taccoler ; mais l'ombre s'envola Loing de ses bras , comme un songe frivole

8ui au réveil loing des hommes s'envole êdans la nue ; et le voulant alors Prendre, il ne prist que du vent pour le corps.] («)

Incontinent que l'aube ensaffranée Eut du beau jour la clarté ramenée, Prompt, hors du lit ce bon prince sortit ; Premièrement sa chemise vestit, Puis son sayon ; puis sa cape tracée A fils d'argent surl'espaule a troussée, [Prit son espé, qui, fidèle, pendoit A spn chevet. Un couteau aescendoit Du long la gaine ivoirine, et le manche Estoit orqé de belle agathe blanche] ; Le pommeau fiist d'un argent ciselé (b).

Ainsi vestu hors la porte est allé, Le dard au poing, commandant qu'on assemble Grands et petits au conseil tous ensemble.

Lors les heraux, claire-voix , ont sonné De toutes parts le conseil ordonné ; Le peuple oisif^ pour nouvelles apprendre.

Droit en la place en foule se vint rendre.

a, Yar. en place des 46 vers précédents :

De jui le sang et troyen et germain Doit enserrer le monde dans sa main.

b, Var. :

Prit son espU.au pommeau cizeli, Ronsard, — III. «

66 La^ F'RANCiade;

Luy dans son trosne, honoré, se rendit :

Chacun se teust , |Hiis en ce point a dit (a) : '

a Peuple troyen, dardanienne race, Ce jouvenceau qui par la populace Vit sans honneur, Astyanax nommé.

Est fils d'Hector, que tant avez aimé, Qui, magnamraê en si longues batailles.

Dix ans entiers a gardé vos murailles ; Qui le vainpart contre terre rua Des Grecs tremblans; qui Patrocle tua, Et retourna pomfyeox dedans la ville.

Environné du corselet d'Achille.

a Or ce grand roy qui seul commande aux dieux, Qui honora Hector et nos ayêux La nuit que Troye estoit un grand carnage.

Sauva l'enfant par une feinte image.

Sans majesté privé je l'ay tenu , De peur qu'il fust aes Grégeois recognu.

Je l'ay transmis par une longue voye, Tantost vers Thebe et tantost devers Troye, Voir le tombeau de son père, et aussi Les noirs enfans de Memnon, qui d'ici Sont éloignez, noble race Hectorée, Et de l'Aurore habitent la contrée.

En maint pals je i'ay fait voyager.

Il a cogtiu maint peuple et maint danger, Cognu les mœurs des hommes , pour se faire Guerrier pratique en toute grande affaire.

a Depuis un an ce prince est de retour, Sans action mangeant en vain le jour.

Lent, nonchalant, sans imiter la trace De sa très-noble et vertueuse race.

Bien qu'il soit brave et sous bon astre né.

Et pour hauts faits hautement destiné.

a. Var, :

Luy de son sceptre au milieu s'appaya.

Puis de tels mots sa langue desplia.

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