‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 19 sur 155 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

a Tousjours pour luy ce grand prince me tance, Prince de Pair qui les foudres eslance^ Dequoy si tard je le retiens ici Sans de son bien avoir autre souci.

Encor hier, sa puissance j'atteste Que par le ciel en clarté manifeste Je yy Mercure arriver contre moy, Qui m[effroya du vouloir de son roy.

«c Si tu n'as soin , dit-il, de ta lignée, Si la vertu de l'heur accompagnée N'esmeut ton cœur à voyager plus loin , Au moins conçois en l'esprit quelque soin] De ton neveu et n'estoune perdue Sa jeune gloire à qui la Gaule est due, De qui doit naistre un million de rois

8 m l'univers tiendront dessoubs leurs loîx.

e foudroyant seigneur de la tempeste, S|i branle tout d^n seul clin de sa teste, • 'a fait du ciel icy bas devalier, Pour t'avertir de le laisser aller Où son destin l'appelle et le convoyé, Bastir ailleurs une nouvelle Troye^ Dont le renom ira jusques aux cieux.

Tel est le veuil du grand maistre des dieux (^i).

« Pource, Troyens de race magnanime, Si la vertu natale vous anime, Suivez ce prince et le vueillez choisir; Tout vostre sang soit bouillant d'un désir D'accompagner sa vaillante entreprise, Que le destin dextrement favorise.

a, Var. en place des i).ver« précédents : r

Au moins n'cstouffc à son premier besoin De ton neveu la bouillante jeunesse, Fay-l' eschapper des liens de la Grue, Le jeune sang désireux de hazart Trouve tousjours son mieux en quelque part. »

68 La Frakciade.

H vaut trop mieux en liberté mourir Et par le sang la franchise acquérir,

Sue de languir en honte si vilaine, n beau mourir orne la vre humaine, i»

Il dit ainsi ; puis se levant de là ^ Pressé du peuple en son palais alla.

Mars, qui aimoit Hector durant sa vie , De secourir Francion eut envie ; En sa faveur fit son coche atteler, Puis, fouettant ses chevaux parmy Tair^ Qui à bouillons souiloient de leurs narines Fiâmes de feu ardantes et divines.

Vint s'abaisser sous le pied d'un rocher Près du rivage, où faisant détacher Ses beaux coursiers le long d'une verdure , Trèfle et sain-foin leur donna pour pasture.

Puis comme un trait roidement s'eslança Dedans Buthrote, où sa forme il laissa. Et prit les yeux, le front et le visage , La voix, le geste et la taille d'Arace Jà chargé d'ans, vieil compagnon d'Hector (a). Celuy portoit la grande targe d'or De cet heros^ auand pour garder sa terre Sa main estoit plus crainte qu'un tonnerre.

Ce capitaine avoit tousjoùrs esté Par les Trovens en grande authorité.

En son semblant le dieu guerrier se change; Autour du front des cheveux blancs arrange , Se laboura de rides tout le front , Marche au baston comme les vieillards font , Et d'une voix toute caduque et rance Francus aborde, et en ce poinci le tance.

« Vraye Troyenne, et non Troyen, as-tu

a Var. :

Da vieil Guisin qu'on estimoit tres-sage , Lequel suivait aux batailles Hector.

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