‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 23 sur 155 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

Mange les ntfe, et d'an gosier malin Hume la mer, «t. glouton, ia réjette Plus roide au ciel qu'une viste sa^ette.

Par tourbillons la vague oni se suit Contre les bords abbaye (run grand bruit (a).

« De là poussant tes navires armées Outre la mer des Cyclades semées , Revoirras Troye et les funèbres lieux Pleins des tombeaux de tes nobles ayeux.

De là singlant à rames vagabondes Par le destroit des homicides ondes , Voirras le pas où se nofk la soeur Pendue aux crins de son bélier mai-seur.

Tu feras voile au Thracien Bosphore , Où rinachide estant vestue encore D'un poil de vache, à coups d'ongles passa En lieu de rame, et son nom luy laissa.

Puis approchant du grand Danube large, Qui par sept huiz en la mer se descharge, AEorderas à Pisie qui des Pins Porte le nom ; là sçauras tes destins L'un après l'autre, hoste de la rivière ' De qui la corne est si brave et si fière.

« Ce fleuve^ ayant sur la teste un rozeau, Et dans la main un vase tout plein d'eau , Et du menton versant une fontaine.

Te dira tout d'une bouche certaine. »

A tant se teut : Junon, qui descendit, En le tançant la voix luy défendit.

a. Vtr. :

Là maint gosier des chiens manns gloutons Hument les nefs, puis comme pelotons Rouez en l'air, par morceaux les vomissent Dessus les bords j les rives, qui frémissent D'abois rompus soubs le pied aes rochers, * Claunt de peur tout, le sang des nochers.

8o La Franciade. "^^

Tandis la troupe au travail non oisive Le taureau mort renverse sur la rive :

Ils ont le cuir en tirant escorché, Puis estripé, puis menu dehaché A morceaux crus* ils ont d'une partie Sur les charbons tait de la chair rostie , Embroché l'autre, et cuite peu à peu Blanche de sel à la chaleur du feu , L'ont retirée, en des paniers l'ont mise, Puis sur la table en des plats l'ont assise, Ont pris leur siéee, ont detranché le pain, Ont fait tourner le vin de main en main , Boivant de rang à tasses couronnées , * D'un cœur joyeux l'un à l'autre données.

Après qu'ils ont du boire et du manger Oste la faim, ils s'allèrent loger Au premier iront de la rive mouillée Sur des licts faits d'herbes et de fueillée , Où toute nuict jouyrent du repos , Ronflant le somme au murmure des flots.

Au découcher de l'aurore nouvelle Le vieil Vandois du siflet les appelle (Qui seul estoit le pilote ordonné), Voyant Je vent heureusement tourné.

Un bruit se fait par les bancs du navire , Puis à sa tasche un chacun se retire.

Francus premier le siflet entendit :

Lors tout armé sa main dextre estendit Dessus la terre, et ses yeux vers la nue :

Estant debout sur la rive chenue Prioit ainsi : « grand Patarean A l'arc d'argent , tire-loin , Thymbrean , Garde. Apollon, entière ceste troupe.

Dieu a'embarquage , et permets que je coupe Sous heureux sort la commande (>) qui tient

I . Commande est la grosse corde qui tient le bateau. Les Grecs rappellent tr/9u/iyi}9(oy, les Latins màais.

Page 1