Livre premier
Pour ton espouse à toy fprme liée,
Du .filz d'Acnilie à tort répudiée.
Vive ta Troye et ton mur )a parfaict
Sur le patron d'Ilion contrefaict.
Adieu , mon sangl D'une longue volée
Je m'en retourne en Pobscure vallée.»
A peine eust dit, soudain le frère alla
Pour Taccoler ; mais Tombre s'envola
Loing de ses bras , comme un songe frivole
Qui au réveil loing des hommes s'envole
Dedans la nue ; et le voulant alors
Prendre, il ne prist que du vent pour le corps.] (a)
Incontinent que l'aube ensaffranée Eut du beau jour la clarté ramenée, Prompt, hors du lit ce bon prince sortit; Premièrement sa chemise vestit , Puis son sayon ; puis sa cape tracée A fils dfargent sur l'espaule a troussée, [Prit son espé, qui, fidèle, pendoit A spn chevet. Un couteau aescendoit Du long là gaine ivoirine, et le manche Estoit oriv& de belle agathe blanche] ; Le pommeau fust d'un argent ciselé (b).
Ainsi vestu hors la porte est allé, Le dard au poing, commandant qu'on assemble Grands et petits au conseil tous ensemble.
Lors les heraux, claire-voix , ont sonné De toutes parts le conseil ordonné ; Le peuple oisif, pour nouvelles apprendre.
Droit en la place en foule se vint rendre.
a, Var. en place des 46 vers précédents :
De jui le sang et troyen et germain Doit enserrer le monde dans sa main.
b. Var. :
Prit son espie.au pommeau cizeli.
Ronsard, -— III. c
j6 La Pranciadb.
?ue des citez la puissante muraille rebuche à bas en quelque part qu'il aille ^ Soit à cheval , soit à pied guerroyant y Et que quelqu'un s'escrie, en le voyant Favorise de fortune prospère:
Le filsTavt mieux aux armes aue le père.«
Disant ainsi , pour présent luy donna Un riche habit que sa main façonna , Où fut pourtraite au vif la grande Troye En filets d'or joints à filets de soye .) Avec ses murs , ses rempars et ses forts.
Xanthe tratnoit, à l'environ des bords, Pour passement sa rivière azurée.
Là s'eslevoit la montagne sacrée , Ide neigeuse, où d'argent sauteloit Maint vif ruisseau qui en la mer couloit.
Au pied du mont fut en riche peinture Le oeau Troyen qui chassoit d'aventure Un cerf au bois, où Jupiter le vit^ Qui par son aigle en proye le ravit.
Ce jeune enfant emporté par les nues Tendoit en vain vers Troye les mains nues , En l'air ravy. Ses chiens qui le voyoient L'ombre de l'aigle et les vents aboyoient.
Hector avoit ceste robe portée Le jour qu'Hélène en triomphe abordée Entra dans Troye. et depuis ue l'avott Mise ; sans plus, de parade servoit Au cabinet où les plus chères choses De ce grand prince estoient toutes encloses.
La luy donnant : « Prenez, dit-ell', mon fils, Ce beau présent que de mes mains je fis , Pour gage seur d'amitié maternelle , Ayant de moy souvenance étemelle.»
Ainsi, pleurant, Francus elle accolla, Puis espasmée au logis s'en alla , Où de son corps l'ame estant détachée ,
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Dessus un lict ses servans l'ont couchée («), Poui^ la donner au sommeil adoucy Qui des mortels enchante le soucy.
En-<:e-pendant Helenin prend la corne D'un grand taureau au col pesant et morne ^ Au large front et de fleurs couronné, L'a d'une main au rivage amené {b), ^ Puis un grand coup de maillet luy desserre Entre les yeux : le taureau tombe à ték're Sur les genoux, à chef bas estendu.
Il Tesgorgea : le sang s'est respandu A longs filets dans le creux d'une tasse. ^ Dedans le sang qu'à bouillons il amasse Mesla dû vin , par trois fois l'escoula Dessus la mer, puis Neptune appella :
ce Père Neptun , Saturnien lignage, A qui la mer est venue en partage [Père vieillard^ escumeux et chenu , Grand nourricier de ce monde tenu Entre tes bras de qui la vive course Coule toujours d'une éternelle source].
Que le soleil n'a peu jamais tarir, Pour te laisser toutes choses nourrir, Enten ma voix : donne que le navire De ce Troyen sillonne ton empire Sans nul danger, et cesse le courroux Que dés long temps tu gardes contre nous.
[ ues meilleurs Dieux la benine^nature
a. Var. :
Le corps tout seul au logis s'en alla, Uame demeure en son fils attachée ; Puis sur un lict ses servans Vont couchée.
b, Var. :
a sans aucun effort De son bon gri l'ameine sut le bort.
78^ La Franciade.
Tend à sauver Phumaîne créature.
Aux pleurs humains ne donner point de lieu
Sans pardonner, ce n'est pas estre dieu.] »
Neptune ouyt la Troyenne prière A cha haussé, sur l'onde marinière, Et se plaignant' encore d'Ilion , Une partie octroya, et l'autre non.
Il octroyavQue la flotte Troyenne Pourroit aller dessus Tonde Egéenne ; Mais ne voulut l'autre part octroyer, D'y séjourner long temps sans la noyer.
Lors Heleninaddresse sa parole A son neveu ; et ainsi le console :
« Courage, prince, il te faut endurer; Tu dois long temps maint sillon mesurer De la grand mer, avant que tu parviennes Sur la Dunoue, et tes barques Troyennes.
Tous n'irez pas sans périr ; mais afin De t'enseigner, escoute ton chemin, Non tout au long. Il te le faut apjprendre D'un Dieu qui peut perfectement l'entendre (a).
« Sortant du port, gagne la grande mer, Fay ta galère à tour acl)r3s ramer (Ta mam ne soit du labeur affoiblie) Entre Coryce et Tisle >Egialie.
guand tu seras au flot Laconien , ren à maintiextre, et, sage, avise bien De né heurter au rocher de Malée, Où l'onde en l'onde est asprement meslée.
Là, maint serpent et maint grand chien marin
a. Var. :
avant que tu arrives Fatalement aux Pannoniques rives.
Tous n'irez pas : c'est Varrest du destin.
Mais pour cela ne fauls à ton chemin, Que je te veux non tout du long apprendre, De peur qu'un Dieu ne m'en vienne reprendre.