‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 26 sur 155 · DU SECOND LIVRE · texte numérisé non relu

DU SECOND LIVRE

Neptune, gardant encor son courroux contre les Troyens, à raison du parjure Laomedon, employé (outre ses forces) la puissance de Junon, d'Iris et a'Eole, pour se venger sur Francus , voulant ensevelir luy et ses destins sous la mer. Francion , tourmenté des tempestes , et ayant perdu tous ses vaisseaux [le sien excepté], fut poussé contre des rochers de Tisle de Crète, en laquelle un roy nommé Dicée [c'est à dire roy juste et droicturier] le reçoit avec toute courtoise libéralité. Ce roy, courant un cerf, rencontre d'aventure ces Troyens endormis sur le rivage, recreus de travail et lassitude. Cybèle avoit envoyé à ce roy le dieu de somme en songe, pour luy donner envie d'aller à la chasse ce mesme jour. Francion fait entendre à Dicée son nom, son pays et sa ville, et l'occasion de son navigage, et son naufrage. Les fantosmes de ses compagnons que la tempeste avoit engloutis se présentent à luy la nuict suivante , ausquels il dresse des tombeaux vuides , appeliez xevorâç^ta, et leur fait des obsèques. Après il supplie la déesse Venus qu'elle le vueille garder et favoriser. Venus envoyé son enfant Amour pour blesser et rendre amoureuses les deux filles du roy [Dicée] , nommées l'une Clymène et l'autre Hyante. Au mesme instant Francion [et ses compagnons , couvens d'une nue , arrivent au chasteau. Un festin solennel se fit [après souper], où Terpin, chantre très excellent, dit un hymne d'amour. Dicée, triste, conte à Francion la cause de sa tristesse, et comme son fils Orée est détenu prisonnier sous la tyrannie du géant Phovère. Francion s'offre à le combattre , ce qu'il fait de si magnanime courage et avec telle prouesse et dextérité, qu'il le tue et retire Orée de sa captivité. On ne sçauroit lire un si brave duel en tous les poètes grecs et latins. Dicée, bien joyeux, embrasse le victorieux et chante son honneur [et solennise sa victoire].

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