‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 27 sur 155 · LE SECOND LIVRE · texte numérisé non relu

LE SECOND LIVRE

I* es puissans dieux la plus gaillarde troupe ! Estoit assise au sommet de la croupe 5 Du mont Olympe, où Vulcan à Tescart ► Fit de chacun le oeau palais à part ,

?ui contemploient la troyenne jeunesse êhdre la mer d*une prompte alegresse.

Flot dessus flot la navire voloit,

I. Labibliothèqueimpérialepossèdeun manuscrit in folio, de 84 pages , contenant le 2e livre de la Franciade. Il est réglé en rouge, d'une large écriture du XVIe siècle, et couvert en vélin doré. Sur les deux plats on a peint les armes de France, entourées du collier de Saint-Michel. Si ce manuscrit étoit contemi>orain de Henri III , on eût ajouté le collier du Saint-Esprit. Il faut peut-être en conclure que c'est l'exemplaire offert par l'auteur à Charles IX. Il ne parott toutefois pas être autographe, ainsi qu'on peut le vérifier en le comparant avec le discours sur l'Envie , que possède le même dépôt, et qui est écrit de la main de Ronsard, dont il porte la signature.

88 La Franciade.

Un trac d'escume à bomllons se rouloît Sous l'aviron qui les vagues entame.

L'eau fait an bruit luitant contre la rame !

Le chœur sacré des nymphes aux yeux pers.

Menant le bal dessus les sillons vers^ A chef dressé regardptent estonnées Les pins sauter sur les va^es tournées.

Un seul. Neptun', couvoit au fond du cueur Contre Ilion une amère rancueur, Gros de dcspit du jour que, mercenaire, (Dieu fait maçon) demanda son salaire A Laomedon, prince de nulle foy.

Il demandoit justement à ce roy L'argent promis , d'avoir de sa truelle Fait des Troyens la muraille nouvelle, Quand se rouloient d'eux-mesmes les cailloux Sous son marteau. Le roy, plein de courroux , Luy dénia sa promesse, et , parjure, En le frappant le paya d'une injure.

Pource Neptune en rage se tournoit.

D'ire boufi quand il s'en souvenoit.

Or' voyant Troye en ces eaux eslancée, Disoit tels mots, furieux de pensée :

« Hà! pauvre dieu, vaincu par les mortels!

De quoy me sert la pompe des autels.

Frère à Jupin, race saturnienne.

Si malgré moy la cendre phrygienne.

Le demourant d'Achille est triomphant.

Et, qui plus est, conduit par un enfant Qui me défie, et , sans craindre mon ire, l>e ses bateaux outra^ mon empire.^ De (juoy me sert Fe trident en la main , Avoir regide, armure de mon sein , Dieu redoutable, avoir pour heritajge La grande mer, du tout second partage.

Si je ne puis d'un mortel me venger.

Mortel fuitif qui ose m'outrager En mon palais, sans craindre ma puissance ^

Page 1