Livre second
II faut punir ceste jeune arrogance (a).
[Le ciel vengeur a banny sur mes eaux Ces Phrygiens coupables des travaux Que je reçus quand , au port de Sigœe, Les Grecs pressoient leur muraille assiégée Et qu'Ilion par le cours de dix ans Fournit de meurtre aux frères Atrœans, Je m'efforçay, d'une brigue contraire, De fond en comble aies vouloir deffaire ; Mais le Destin ne le voulut souifrir, Qui, maintenant changé, les vient offrir A ma puissance, et, les offrant, me tente A n'espargner l'occasion présente]. »
Disant ainsi , fit son char atteler, Que deux dauphins sur la mer font couler, A dos courbé, à queues tortillées, Fendant du sein les vagues emaillées.
Luy, dessus Ponde en son siège porté, Comme un ^and prince orne de majesté, Lascha la bride, et le char qui s'élance.
Portant son roy, sur les vagues s'avance (b); Triton le suit , et l'amoureux troupeau , Des nymphes sœurs qui dansent à fleur d'eau.
Lors au Troyen devançant la navire, Le vent appelle et ainsi luy va dire :
« Vent, la terreur des cieux et de la mer, Ce n'est pas moy qui vous fis enfermer En vos rochers, ou, frémissants de crainte,
a, Var. :
// ne faut plus me laisser outrager Sans chastier ceste race infidelle, La yieille injure appelle la nouvelle.
b, Var. :
Tient son trident. Le char, qui va sans peine. Fier de son roy, sur les vagues le meine.
90 La Franciade.
Dessous un roy languissez par contrainte.
Un seul , Jupin , le m contre mon sceu.
A son pouvoir résister je n'ay peu ^ Car c'est un dieu de puissance invincible.
Ainsi que luy je ne vous suis terrible , Vous caressant et prestant ma maison j
Suand, dechaisnez, sortez hors de prison , on à un seul , mais à tous quatre ensemble, La renversant ainsi que bon vous semble.
« Pource. Aquilon , ne souffre plus parmy Mon flot salé ce bagage ennemy {a), Mais d'un grand vol retourne vers Eole.
Dy-luy qu'il tienne aujourd'huv sa parole, Et le serment qu'en la dextre il me fit , Quand par mon ayde (i) Hercule il desconfit; Que de son sceptre il face une ouverture Aux vents enclos en leur caverne obscure ; Qu'il les destache, et, portez d'un grand bruit, Chargez d'esclairs, de tempeste et de nuit, Par tourbillons enfle la mer de rage, Et ces Troyens accable d'un orage.
Dy-luy qu'il rompe au travers des rochers , Pour me venger, navires et nochers.
Digne n'est pas telle gent parjurée De voir long temps la lumière etherée I Assez et trop malgré nous a vescu Ce sang maudit par tant de fois vaincu.»
A peine eut dit, qu'il vit la messagère Iris voler d'une plume légère, Haute sur l'eau , qui peinte revenoit
a. Var. :
Nostre eau commune errer mon ennemy,
I. Hercule se prend icy pour le Soleil, que les vents semblent desconfire quand , espessissant Pair de nuées , ils offusquent sa clarté. La plus grande partie des nuées sort de la mer.