‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 30 sur 155 · I . Humidité · texte numérisé non relu

I . Humidité

92 La Franciade.

Comme troupeaux qui viennent à Pentour De leur pasteur, quand la poincte du jour Et la rosée aux nerbes les convie.

D'une grand troupe une troupe est suivie, Pié contre pié; et Junon, qui les prend, Leur donne un corps moyen , petit et grand , Comme il luy plaist. Les unes sont cornues , Les autres sont ou grosses ou menues.

[Ainsy qu'on voit le bon haquebutier (Qui sur l'hiver prépare son métier) Verser du plomb en son moule, pour faire De la dragée : il la forme au contraire D'un corps divers, comme le plomb se fond; L'une est quarrée et l'autre a te corps rond , L'autre l'a long. Ainsy Junon la grande, En cent façons forma l'humide bande Fille de l'air. En l'une elle soufloit Neiges et gresle, et de l'autre elle enfloit Tout l'estomac d'orages et de pluye.

De foudre pers, de scintille et de suye^ {a). L'autre en bruyant sur l'autre se rouloit , L'autre blafarae et noirastre couloit , Ayant d'azur la robe entre-semée, Et l'autre estoit de feu toute allumée.

Tandis les vents avoient gaigné la mer, Qu'à gros bouillons ils faisoient escumer, La renversant du fond jusques au feste.

Une importune outrageuse tempeste.

Sifflant, bruyant, grondant et s'eslevant, A grands monceaux sous le soufler du vent,

a. Var- :

Et lors Junon, d'un tel amas suivie.

Les presse ensemble et en son ^ron prest Leur forme un corps tout ainsi qu'il luy plaist. L'une elle enfloit de monstrueux images.

L'autre de pluje et de venteux orages.

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