Livre second. lo
Du bout du havre on doit voir la marine :
Malheureux est qui sur elle chemine.
« Après avoir trois jours entiers erré D'astres certains et de voye esgaré, Tousjours pendu sur la vague meurtrière , Un bon démon, esmeu de ma prière , Me secourant, d'hommes et d'armes nu, M'a fait grimper à ce bord incognu , Proye des loups et des bestes sauvago»
Nous ignorons les mœurs et les courages Des haoitans , si après les dangers Ils ont le cœur piteux aux estrangers , S'ils craignent Dieu . s'ils aiment la justice, Ou s'ils sont pleins ae sang et de malice.
Pource, bemn, ayes pitié de nous.
Soit homme ou dieu, j'embrasse tes genous.
Si tu es dieu , tu sçàis bien nostre peine ; Si tu es homme, une douceur humaine Doit esmouvoir ton cœur à passion , Ayant horreur de nostre affliction. »
Il dit ainsi ; le vertueux Dicée Contre-respond : « Geste terre embrassée Des flots marins, comme tu vois icy , Porte un bon peuple et un mauvais aussi ; Mais à ce coup ta fortune meilleure T'a faict surg[ir où la bonté demeure.
Pource, tu sois, hoste, le bien-venu.
f|ui est celu^r qui vivant n'a cojgnu roye et Priam , et pour garder sa terre Les faits d'Hector, un foudre de la guerre ?
Il me souvient qu'un jour Idomené Me discouroit, de nouveau retourné (II retoumoit nouvellement de Troye Chargé d'honneur, de renom et de proye), Qu'après ou'Héctor les grecques naufs brusia, djje vers Priam ambassadeur alla Traiter la paix , maïs il ne la peut faire.
Ayant Pans capital adversaire.
io6 La Franciade,
« Par coartoisie^ il logea chez Hector, Qui l'honora d'une grandr coupe d'or, Riche présent, où vivoit entaillée Sous le burin la baleine escaillée, Ouvrant la gueule et faignant un semblant De dévorer le pauvre corps tremblant (a) De la pucelle Hesione, attachée Contre un rocher ; la mer estoit couchée Au pied éa roc , ^ui des flots repliez De la captive alloit baignant les piez.
[Persée estoit sur le haut de la roche , Ayant au poing sa cimeterre croche , Pendue en Tair, qui l'Ourque menassoit.
Et des liens Tintante delassoit(i).]
« Idomené me donna ceste coupe, Que je tien chère entre une riche troupe ITautres vaisseaux, dont je chéris mes yeux Et boy dedans aux festes de nos dieux.
Il estimoit d'Hector la courtoisie, Les vaillans faits, les vertus et la vie , Et, ennemv, son honneur n'abaissoit, Ains jusqu'au ciel ses louanges poussoit.
[a Pource, je croy que vostre bien-venue Est par le vueil des oons dieux avenue , Et que le ciel, qui de nous a soucy , Pour mon support le permettoit ainsi (a).] Vous ne pressez une terre estrangère :
C'est, ô Troyens , vostre ancienne mère, Crète ^ dont Teucre autrefois est issu.
De qui le nom pQur tiltre avez receu ;