Livre SECOND
Car leur esprit, de merveille eblouy, Bienloing cfu corps s'estoit esvanouy.
De ces deux sœurs, Tune avoit nom Hyartte, L'autre Clymène. Hyante estoit sçavante En l'art magie; mais amour le plus fort.
Qui n'a soucy de charmes ny de sort, De toutes deux avoit l'ame eschauffée, Qin jà pendoit du haut de son trophée,
ïlles bruloient à petit feu couvert.
Comme une estoupe ou comme un rameau vert Qu'une artizane aè point du jour allume.
Tout en un coup il entrebrùle et fume D'un feu caché qui luit obscurément.
Ainsi amour, coulé secrètement Dedans le cœur de ces dames blessées, Les etouffbit de secrètes pensées ; Tantost leur joue en sautant rougissoit, Palle tantost, tantost se blanchissoit, Tantost tremblant de taches estoit pleine, Le seul miroir qui tesmoi^noit leur peine.]
A-tant Francus entra aans le chasteau , Son javelot posa contre un rasteau , Où mainte pique en son long estendue Contre le mur au croc estoit pendue.
[Pour nettoyer son corps las et souillé Dedans le bain tout nud s'est despouillé , Puis comme un astre entra dedans la salle , Rrave d'orgueil et de pompe royalle.] En ce chasteau par bandes fremissoient Prompts serviteurs, dont les uns tapissoient De tapis d'or les superbes murailles , Longs arguments d anciennes batailles ; Autres de rang sur la place apportoient Tapis ouvrez ; les autres apprestoient Les licts enflez de couvertes velues ; Autres dressoient les viandes eslues , Autres chargeoient les hauts buffets dorea De grands vaisseaux d'histoires décorent
ii6 La Franciade.
Sur une esguière, en assez longue trace , Des Corybans estoit peinte la race ; Comme Briare en amour furieux, Désespéré de sa nymphe aux beaux yeux , ^ Alloit tout seul par mont et par boccage, Jettant un cri comme un lion sauvage, De nuit, de jour, errant par les buissons , Changeoit son corps en cent mille façons, Tant en amour forcenoit sa folie.
Pour mieux jouir de sa Cymopolie ; Mais à la fin se changeant en serpent, A dos rompu sur le ventre rampant, La tint serré, et Tayaut embrassée.
D'elle conçeut les ayeux de Dicée.
Sur un bassin Saturne estoit gravé , En cheveux blancs, de vieillesse agravé , A la grand' faux, qui avoit la mâchoire Du sang des siens toute* rdente et noire.
Sa femme Rhée à l'autre bord estoit , Qui pour son fils un caillou presentoit A ce vieillard, les appas de son ventre; Dessous ses pieds se herissoit un antre, Où Jupiter vivoit emmaillotté Du laict divin de la chèvre alaitté ; [Autour du bers les anciennes races Des Corybans , bien armés de cuirasses, Targes, boucliers, se choquant d'un grand son, Rendoient sans bruit la voix de l'enfançon], Craignant Saturne, affamé de nature, Qui ses enfans dévore pour pasture.
Quand tout fut prest, ce prince, pour mieux voir Son estranger, courtois, le fit asseoir A vis de luy, à costé de ses filles j Aux yeux armez d'amoureuses scintilles ; Puis, selon l'ordre et l'âge et les honneurs ,
8ui haut , qui bas , s'assirent les seigneurs, 'un cœur joyeux ceste gaillarde bande Mit promptement les mains à la viande ,