‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 43 sur 155 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Et festoyant le Troycn cstranger, Le convioient doucement à manger.

[L'un est pensif, Tnn parle, Tautre coupe; Maint escnanson, emplissant mainte coupe De vin fumeux, les tables entournoit, Et jusqu'aux bords les tasses couronnoit.]

Incontinent que la soif fut esteinte , Et de la faim Tavidité («) restreinte , Ayant le Roy pour office divin A Jupiter verse le dernier vin , Dieu xenien qui aux hostes préside , La bande alors, laissant la table vuide, Se tint debout , envieuse d'aller Après souper deviser et baller.

Un bruit se fait : ta gaillarde jeunesse, Prenant chacun la main de sa maistresse , S'offre à danser; maint flambeau qui reluit Du plancher d'or vainc l'ombre de la nuit!

Le vieil Terpin, qui de fleurs se couronne, Son dos appuyé au flanc d'une colonne, La lyre au poing, et joignant à la vois Les nerfs frappez par l'accord de ses doits , D'un plaisant son les invite à la danse :

Le pied certain trépigne à la cadance !

« Dieu (disoit-il) qui tiens l'arc en la main , Fils de Venus, hoste du sang humain , Qui dans nos cœurs, tes royaumes, habites ,

§iii ça , qui là , de tes ailes petites, oies par tout jusqu'au fona de la mer.

Faisant d'amour les dauphins allumer.

Dont l'aspre trait a féru la poitrine Des Dieux là haut, là bas de Proserpine; Père germeux de naissance , et qui fais Comme il te plaist les ferres et la paix , Prince invaincu, nourricier de ce monde ,

I . L'ardeur de manger. Je ne sçache point de mot françois plus propre, encores qu'il soit mendié du latin.

ii8 La Franciadë.

8ui du Chaos la caverne profonde uvris premier, et, paroissant armé De traits de feu , Phanète fus nommé ; Double, jumeau , emplumé de vistesse , Porte-brandon, archer, que la jeunesse Au sans bouillant courtise pour son Roy ; grand démon, grand maistre, escoute-moy, Soit aue tu sois au milieu de la bande Des plus grands Dieux où ta flèche commande , Soit qu'il te plaise habiter ton Paphos, Soit que ton chef tu laves dans les flots De la fontaine Erycine, ou que, vuide De tout souci , de tes vergiers de Gnide Couvert de fleurs,. tu aimes la verdeur, Vien allumer nos cœurs de ton ardeur; De ceste dance eschauffe le courage ;

tSans toi n*est rien la pointe de nostre âge (tf), •"aveur, honneur, abondance de bien^ Force de corps, sans ta grâce n'est rien ; Ny la beauté, et mesme nostre vie, Est une mort si de toy n'est suivie , Ensemble Dieu profitable et nuysant.

Viens donc icy , conlme un astre luisant, Donner lumière à si belle entreprise , Et ceste feste heureuse favorise].»

Ainsi chantoit Terpin le bon vieillard ; Les baladins gaussans le cri gaillard, Les derniers vers du chantre recoupèrent, Et de leurs voix les soliveaux frappèrent {b)..

a. Var. en place des neuf vers qui suivent :. Brassant sous main quelque bon mariage.

b, Var. :

Ici Ton trouve dans, lès éditions posthumes les vers suivants , que nous avons vus en partie un peu plus haut :

Rien ne peut tant les soucis^ enchanter

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