Livre second
Mais pour-neant ce jeune enfant s'effidrce, Car du géan ia monstrueuse force Le prit captif au beau milieu des siens, Puis , enserrant de vergongneux liens Ses gens et luy, d'un baston les emmeine Comme un pasteur ses moutons en la plaine.
Depuis ce temps , par un meurtre cruel , De jour en jour a tué sur l'autel L'un des captifs pour offrande funeste.
Ils sont tous morts! hà! je meurs! et ne reste Sinon mon fils, qui sentira demain La pesanteur ae sa cruelle main. »
Ainsi disoit , versant sous sa paupière De tièdes pleurs «ne large rivière, A gros sanglots entre-rompant sa vois, Lors Que Francus, le tige de nos rois, Meu ae pitié, le console et le flate, Et luy respond : « J'aurois une arae ingrate, Né d un rocher ou d'un tigre conceu, Si , mesurant le bien que j av receu De toy, seigneur, à ma douleur extresme, Pour te sauver je ne t'offrois moy mesme Mon sang, ma vie, et ce glaive trenchant.
Assez pomctu pour punir un meschant.
Fay-moy, sans plus^ apprester sur la place.
Armes, chevau;c; ams que demain se passe Il cognoistra qu'un père valeureux A son malheur m'engendra vigoureux.
Pour ne souffrir régner une malice Sans que mon bras vangeur ne la punisse. »
A-tant Francus à son parler mit fin ; Puis l'eschanson avant versé du vin A longs filets , en l'honneur de Mercure , Estant la nuict et profonde et obscure, Ja les Trions commençans à pancher.
Chacun se lève et s'en alla coucher.
Incontinent que l'Aube jour-apporte Du grand Olympe eut desbarré la porte,
122 La Pranciadë.
Et le Soleil , par les Heures pressé,
Eut son baudrier en biais retroussé,
De rais fourchus orné sa teste blonde,
Haut en son char, donnant lumière au monde,
Ce fier tyran à la muraille alla,
Un chevalier au combat appela.
Tyran superbe et de fière arrogance,
Le cor en bouche, en la dextre la lance
Ferme en arrest; sur le dos le harnois ,
L'e^pée au flanc , au costé le pavois ,
Sur le rongnon la dague , et sur la teste
Un morion brillant comme tempeste (a)
Que Jupiter élance aux mois d esté
Sur le sommet d*une injuste cité.
[Une grand' queue à la cime attachée
Du morion ondoyoit épanchée
Dessus le dos , qui autant se rouloit
A flots rompus que le chef s'ébranloit.]
Pour son destrier pressoit la forte échine.
D'une cavalle : elle avoit la poitrine Blanche, et le front, le reste de la peau,.
Hors le pied gauche, estoit de poil moreau*
à. Var. :
Traçant du ciel la voye coustumïïn ,
Au chef coiffé d'éclatante lumière ,
[Dicie envoyé au gean un héraut
Pour le sommer. La colère en sursaut,
Qui renflamà sa rage naturelle,
N'eut pas loisir d'escouter la nouvelle];
Prompt de vistesse à la muraille alla,
Et sa partie au combat apptlla,
La lance au poing, le morion en testé,
Qui, bien cresti, ressembloit la tempeste (i).
1 . Les quatre vers entre crochets ne isc trouvent que dans les éditions posthumes.