Livre second. uy
« Jeune garçon , on ne combat ici Pour remporter à sa mère la gloire D'un verd laurier. Le prix de la victoire N'est un cheval aux armes bien appris.
Le sang vaincu du vainqueur est le prix (a), Et la cervelle en la place espandue, Les os semez et la teste pendue, Pour estonner par si horrible effroy Ceux qui voudroient combatre contre moy.
Si de la mort il t'a pris une envie, Comme ennuyé des malheurs de la vie, Tu t'es trompé de te laisser mourir.
Chevaux peraus se peuvent racquerir ; Une maison peut nous estre rendue; Mais quand la vie est une fois perdue, Ensevelie en un tombeau reclus , C'est fait : les Sœurs ne la refilent plus.] Or, s'il te plaist d'une brave escriture Et d'un beau tiltre orner ta sépulture, Vien au combat, grand honneur tu auras Quand par la main de Phovére mourras. »
[A tant mit fin à sa menace fière, Ne sachant point que c'etoit la dernière.
Pauvre chetif ! le cours de son destin En ce lieu mesme avoit borné sa fin.]
Tandis Francus , qui le combat désire, Songneux , dés l'aube avoit de sa navire Fait apporter le harnois que vestoit Troîle à Troye, alors qu'il combatoit Contre Pelide, imitant la vaillance Du bon Hector, et non pas sa puissance , Que pour présent Helenm luy aonna Le jour qu'au vent sa voile abandonna,
a. Var. :
N'est nj trépied, ny cheval, nj esca; Mais bien ta vie et le sang du vaincu.
128 La Franciade.
Et le pria de garder telle armure, Contre la mort assurance très-sure.
Quand le Troyen , au combat animé , De teste en pied liit seurement armé, Le bon Dicée en secret le conseille.
Et loin à part luy sacoute en l'oreille :
« Si de fortune, hoste troyen , les cieux De ce meschant te font victorieux, Et qu'à tes pieds tu i'abbates à terre, Trenche-luy tost la veine qui luy serre Le mol talon : de telle veine sort , Non d'autre lieu , la cause de sa mort. Tandis là haut Jupiter, qui ordonne Les faicts humains, la victoire te donne; Ja dans le ciel est filé par Clothon Qui de vous deux doit aller chez Pluton. »
Ces champions enflamez de colère, Icy Francus, de l'autre part Phovére, Tous deux de garbe et de courages grans, .
Donnans l'esprit aux chevaux par les flancs , D'un masle cœur au combat s'eslancèrent, Et leurs escus rudement enfoncèrent.
Du coup donné le rivage trembla, La mer frémit, le fleuve se troubla; En mille esciats les pointes acérées Furent toucher les voûtes etherées.
[Dedans les mains leur restoit le tronçon Qu'eux bien fermez et roides en l'arçon , De recourir encore s'avisèrent, Et leurs pavois par le milieu brisèrent.]
A jour ouvert le pavois se cassa, Ainsi que glas le tronçon se froissa, Et d'un tel heurt leurs échines courbèrent
?ue les destriers sur la croupe tombèrent , ant d'un grand coup ils s'altèrent choquant {a).
a. Var. :
Tant fut hur bras vigoureux et nerveux