‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 49 sur 155 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Puis jusqu'au sang leurs chevau)( repiquant, Haussant la bride, en fin les relevèrent , Et de la main leurs coutelas trouvèrent (<)> Bien aiguisez, oui de l'arçon pendoicnt, Et de leur trencne un acier pourfeiidoient.

Dessous le fer siflant comme tem peste Ores leur joue , ores sonnoit leur teste, Ores. la temple. Un coup qui l'autre suit, Greslé, menu, faisoit un pareil bruit [Que les béliers qui sur les fleuves cognent Des paux aigus , quand les ouvriers besognent Pour faire un pont ou pour le raccoûtrer.

Coup dessus coup le bélier fait entrer Le bois piqué. Uessous le choc qui tonne.

Le creux rivage et le fleuve en resonne, Eux, toumoyan&et se suivans de près.

Versant des coups plus aue la neige esoais , Qui ne tomboient, soit de pointe ou ae taille, Sans donner ample ouverture à la maille, La dénouant , rompant et décrochant.

Acier ne fer à leur glaive tranchant Ne peut durer, ni boucle ni couraye, Tant de leur main est horrible la playe.] {a)

Du bon Troyen le cheval fut adroit.

Qui sans frayeur tournoit en tout endroit , Et la cavale en crainte estoit frappée.

Que sur la croupe, en arrilre tous deux y - Comme arcs voûtez longuement se courbïrent.

Et leurs chevaux sur les genoux tombèrent Comme béliers qui vont s* entre-choquant.

a. Var. : en place des 14 vers entre crochets.

Comme les fléaux qui resonnent en Vaire, Frappans les dons de nostre antique mère.

I. L*autheur arme ces dfux chevaliers à la mode de nos gendarmes françois, la lance en la main, la courte- lance on u mace à Tarçon, et Tespée au côté.

Ronsard, — Iil. >

i}0 La Frakciade.

Ovant i'effroy du sifflant de Tespée.

[Pour ce , Francus en parant evitoit

Comme il vouloft ta touche ((u'il doutoît ,

Et le erand corps ne trouvoit avanUge

De le frapper comme il avoit courage.]

L'un ressembloit à ce flot dizenier (<)

Boufi de vents , horreur du marinier.

Qui d*un grand branle en menaçant se vire.

Impétueux , sur le bord du navire.

L'autre sembloitau bon pilote expert.

Qui plus d'esprit que de force se sert;

Ores la proue, ores la poupe il tourne.

Et , vigilant , en un lieu ne séjourne,

Ains, adjoustant la vigilance à l'art,

D'un œil prudent évite le hazard.

[Ce fier gean, qui passott d'une brasse.

Tant il fut grand , de Francion la face,

D'un pesant choo contre luy s'approcha,

Et, le pressant, respaule luy toucha,

L'esçratignant de légère blessure,

Et n eust esté la trempe de l'armure^

Qui de l'acier la force rebouchoit,

Bien loin du col l'espaule luy trenchoit.

Du mesme coup, en relevant la destre

Bien haute en Pair, tant qu'elle pouvoit estre] («),

Se roidissant sur les estriers, frappa

Le fin armet du Troyen , qu'il coupa

Deux doigts avant, et l'estonna de sorte

Que le tombçr d'une enclume bien forte

Seroit léger au prix de ce coup-là.

Qui des arçons chancelant l'esoranla.

û. Var. :

Ceûer tyran, cnorgaeillj d'audace, Qui Je Francus la jeunesse menace

I. Les Latins l'appellent Unda iffcumtfntf : c'est U dixième vague, la plus horrible et dangereuse de toutes.

Page 1