‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 57 sur 155 · Livre TROISIÈME. 14J · texte numérisé non relu

Livre TROISIÈME. 14J

Sans s'arrester, mon esprit est volage.

De ce Troyen tousjours le beau visage L'honneur, la jgrace, en Tame me revient, Toujours, toujours et toujours me souvient [a) . De son combat et de sa main guerrière Qui l'accompagne en sa barbe première.

<K Père des Dieux, quelle aimable vertu!

Quel port il a 1 Comme il s'est combatu Pour le secours de nostre frère unioue !

Il est vrayment de la race héroïque I Sa main , sa force et son cœur généreux Monstrent assez qu'il est du sang des preux.

« Si j'estois libre, et si j'avois puissance De vivre à moy, je ferois alliance Par mariage à ce vaillant Troyen.

ce Plustost le feu du grand Saturnien Tombé menu la teste me foudroyé, Plustost la terre en se crevant m'envoye

qnes corrections indiquées en note ; mais dans les éditloiis posthumes on le trouve modifié de la manière suivante :

L'humide nuit, qui de son voile enferme L'ail et le soing de l'homme, qu'elle cherme Par les liens du sommeil oublieux, Bouchoit par tout l'ouverture des yeux.

Mais non des saurs, toute nuict éveillées.

De trop d'amour en l'ame travaillées.

Adonc Hjante à sa saur parle ainsi :

a D'où vient, ma saur, que je suis en souci, Que ma raison a perdu sa puissance.

Que mon penser d'un autre prend naissance, Que je m'oublie^ et qu'un nouvel esmoj me trouble toute et m'en-volle de moy r

a, Var. :

Ravie en luy pensive me retient, Tousjours au cour me recourt et revient.

144 l^A PRAirClADE. '

Sous les enfers ma demeure choisir, Que mon honneur soit trompé d'un plaisir, Et que, peu sase, ainsi je me marie .

Sans le congé ae ceux qui. m'ont nourrie. »

A-tant se teut : le cœur luy est failly.

Comme ruisseaux les larmes ont sailli De ses beaux yeux, présages de sa peine ; Quand d'autre part luy respondit Clymène, Qui moins n'araoit de secrette langueur Pour le Troyen qui luy brusloit le cœur. Mais plus oue l'autre elle estoit avisée,, Q^i ne voutoit une amour divisée, Ams vouloit seule, en toute affection, Dame, jouyr du cœur de Françion.

Pource, en mentant par un grand artifice , Luy conseilla que l'amour estoit vice.

Ainsi son mal par fraude elle cacha.

Et l'inconstance à sa sœur reprocha.

« Où sont , ma sœur, ces responses hautaines

Sue tu rendois à tant ae capitames , Rnces et rois , que pour ses gouverneurs Crète nourrit en pompes et honneurs ?

?ui, travaillez d'une amoureuse flame, bus à l'envi te courtisoient pour femme ?

8U0Y 1 seulenient d'un courage endurci e desdaignois ces maris, mais aussi Tu mesprisois les hommes dont l'audace Est trop cruelle encontre nostre race.

Quoy ? disois-tu ^ comme un superbe roy diomme contraint les femmes a sa loy ; Non seulement les estime inutiles A gouverner les sceptres et les villes, Mais, sans nul tiltre et sans point commander. Les tait filer, les laines escarder.

Ourdir et coudre , et de paroles braves En son foyer les tance comme esclaves!

Su'heureuse fust Lemnos, au temps^ passé, fie pouvoir des hommes fut casse,

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