‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 80 sur 155 · Livre troisiesme · texte numérisé non relu

Livre troisiesme

De jalousie irrite son courage , Et tellement la douleur la ferut Que par les champs hurlante elle courut, (yestoit le jour que les folles Evantes , Criant Bacchus , seules , alloient errantes (Ayans les corps environnez de peaux) Par les forests, aux faistes des coupeaux, Par les' déserts . par ces taillis sauvages , Et sur le bord aes sablonneux rivages ; L*air respondoit sous le bruit enroué D*Evan, d'Iach, de Bassar, d'Evoé.

Ce puissant Dieu qui blesse les pensées D'un traict félon les avoit insensées ; En ses liens captives les avoit , Et de raison la fureur leur servoit.

Ceste pucelle, à qui l'erreur commande, S'alla jetter au milieu de la bande Eschevelée , et d'un bras forcené Branloit un danl de pampre environné.

a Qui, la première, en me suivant, dit-elle.

De ce sangler respandra la cervelle , Et d'un espieu la première en son flanc Fera la playe et s y vra de son sang ?

Marchons , courons , suivons con)me tempeste Les pas fourchus de ceste noire beste , Monstre hideux qui s'enfuit devant nous ; Armons nos mains et l'assomons de coups ! o

Son faux démon avoit pour couverture Pris d'un sangler la menteuse nature ; Et figurant Francus de bord en bord , De bois en bois l'amenoit à la mort.

Loins du troupeau s'eslança la première, Branlant au poing une fourche guerrière (a).

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Elle, pensant par fausse impressiorr^ Que le sangler fust le vrai Francion, Pour le tuer la première est courue, *^ * «h

Branlant au poing une fourche cornue. •

190 La Franciade.

Luy, vagabond, sans qu'on le peust toucher Gagna courant le faiste d'un rocher, Qui sous ses pieds tenoit la mer sujette.

L.à ce deraon à corps perdu se jette Dedans le gouffre : elle, qui s'avança Pour le tuer, comme luy se lança.

La mer en bruit; trois fois sous l'eau profonde Son corps alla , trois fois revint sur l'onde, Trois fois le Uni le revint abysmer.

Elle mouroit, sans les dieux de la mer.

Qui, soulevans la jalouse tombée, Luy ont du corps la Parque desrobée , Et , luy perdant sa figure et son nom. L'ont enrollée à la troupe d'Inon Et du vieil Glauque à la double naissance ; Dessus la mer lui ont donné puissance De faire enfler les vagues et le vent , Fière déesse, et qui a bien souvent Contre Francus poussé la frénésie, Gardant sous l'onde encor sa jalousie.

[La passion, cause de nos trépas^ Quand le corps meurt en l'esprit ne meurt pas. Le remords vit et du mort l'alegeance Par ombre ou songe est de prendre vengeance.

Il hait l'auteur de son malheur passée Et roffenseur est tousjours offensé.]

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