Livre quatriesme
Sa cimeterre au fourreau luy pendoit] D'une ceinture à la boucle esmaillée {a) Qu'Hector avoit à son frère baillée Par amitié : car sur tous il Taimoit, Et sa vaillance et son art estimoit.
Or Helenin , qui avoit par grand'cure Nourrv Francus, luy donna la ceinture Quanail partit, se souvenant d'Hector; A la ceinture il adjoignit encor Un beau poignard à houpes bien perlées (b). Qu'en se jouant Hélène avoit filées.
Jamais enfant, jamais neveu des dieux, N'eut le maintien^ la bouche, ni les yeux Si beaux qu'avoit Francus ceste journée.
Telle beauté du ciel luy fut donnée , Les veux pour plaire , et la voix pour sçavoir En devisant sa maistresse esmouvoir.
A son costé menoit pour compagnie Le vieil Arablois , dont l'ame estoit garnie De prophétie , et outre il avoit soin De conseiller ses amis au besoin.
Prés le chemin, au milieu de la plaine, Un orme estoit, aont la cyme estoit pleine De mainte branche , où les oiseaux au soir Prenoient leur perche et se souloient assoir. Là de fortune , importun aux aurei)les , Jazoit sous l'ombre un troupeau de corneilles : L'une se t^^usse, et comme en se jouant , .
a. Var. :
Prit son espie à la gaine esmailUe.
a. Var. :
Or Helenin laj donna ceste espee Quand il partit, laquelle fut trempée Dani les fourneaux du f ivre Lemnicn.
Luy donne encore un poignard Norien Au pommeau d*or, à houpes bien perlas.
202 Là Franciade.
Coup dessus coup ses ailes secouant y Et hérissant le noir de son plumage.
En voix humaine eschangea son ramage.
« Ah ! où vas-tu , viel prophète insensé , Oui par ton art en Tesprit n^as pensé (Bien que tu sois prudent en toute chose) Que la pucelle aura la bouche close Et tout le cœur revesche et rechigné Si elle voit Tamant accompagné ?
Maudit devin , tourne le pas arrière, Laisse-le seul user de sa prière, Et leur devis compagnon ne defens.
Tu ne sçais pas cela que les enfans N'ignorent point? Va, jamais Cytherée De sa faveur n'a ton ame inspirée. »
Le vieil Amblois, qui telle voix ouit, Dedans le cœur soudain s'en réjouit, Et cognut bien la corneille évantée Avoir d'un Dieu la parolle empruntée.
Pource , en tournant sur le trac de ses pas , Dit à Francus : « Prince amoureux , tu n'as Besoin de guide; un dieu qui te supporte En lieu de moy te sert d'heureuse escorte.
De tes souhaits ton cœur sera content.
Sans nul refus la pucelle t'attend, Obéissante et preste à te complaire.
Par doux propos commence ton affaire ; Sois doux en tout; le desdain genereu^ D'une fille aime un courtois amoureux. »
Francus, luisant de beautés et de grâce, Luy apparut d'une colline basse Beau comme Amour ; les ravons de ses yeux Estoient pareils à cet astre des cieux ^ Qui , bien nourry de l'humeur marinière, Jette de nuit une espesse lumière (a),
é. Vit. :
Respand au ciel ane rousse lumière.