Livre quatriesme. tii
(Ame surgeon de )a divine flame)
Ne pourroit vivre, ains mocrroit sans avoir
Un esprit vif qui le corps fait mouvoir,
Et chaud et prompt par les membres a pface.
Ainsi la grande universelle masse
Verroit mourir ses membres discordans,
S'elle n'avoit un esprit au dedans
Infus par tout, qui l'acte et remue.
Par qui sa course en vie est maintenue,
Esj^rit actif meslé dans le grand tout.
Qui n'a milieu, commencement ny bout.
« Des éléments, corruptible matière.
Et du grand Dieu, dont l'essence est entière. Incorruptible, immortelle, et qui fait Vivre par luy tout ce monde parfait.
Vient nostre genre, et les poissons qui nouent. Et les oiseaux qui parmy rair se jouent.
Les habitans des bocages ombreux, Et les serpents qui vivent en leur creux, Voire du ciel les diverses puissances, Tous les démons et les intelligences , Vont de ces deux comme nous se formant, De Dieu l'esprit, le corps de l'élément.
De là nous vient la tristesse et la crainte; De là la joye en nos cœurs est emprainte, L'amour, la haine et les ambitions ; De là se font toutes nos passions.
«Or de nos corps la qualité diverse Empesche et nuit que nostre ame n'exerce Sa vive force enclose en la maison De terre, ainçois en la morne prison Des membres lourds, qui la chargent et pressent, Et vers le ciel retourner ne la laissent , Tant le fardeau terrestre et ocieux Ne luy permet qu'elle revole aux cieux.
<x Elle, d'en haut nostre hostesse venue.
Est par contrainte icy bas détenue.
Où, n'employant sa première vigueur.
222 liA FRàNCIADE. '
Par habitude et par trait de longueur Consent au corps, et faut qu'en despit d'elle, S'estant infuse en lâ chair çofporèlle , Elle se souille et honnisse aujc péchez Dont les humains ont tes corps entachez.
« Or quand la mort àuK hommes familière Dissipe atu vent nostre douce lumière, L'ame pourtant après [e. froid trespas , Laissant son corps , son taq ne laisse pas Ny sa souilleure; elle emporte Tordure Empreinte en soy, qui longuement luvdure; Pource aux enfers , comme un songe léger.
Elle devalle, afin de se purger Et nettoyer la macule imprimée Qij'elle receut dans le corps renfermée.
[L'une un caillou pousse amont d'un rocher, L'autre sa soif ne sçanroit estancher , Et l'autre au vent dedans l'air est perdue; Sur une roue une autre est estendue, L'autre en un crible espuise en vain de l'eau, Et l'autre sent les griffes d'un oyseau; L'autre dessoubs un arbre qui chancelle Tremble d'effrov qu'il ne tombe sur elle.]
En l'air, en l'eau, par le feu, dans le vent, Vont expiant^ et purgeant, et lavant Les vieux délits de leurs fautes commises , A l'examen de Rhadamant' soumises.
En ces tourmçhs ardans et violans L'une est mille ans, et l'autre deux mil ans, L'autre trois mil, et lie sont soulagées Qu'elles ne soient parfaitement purgées.
Et que la tache aqherante ne soit Nette en souffrant le mal qu'elle reçoit.
Quand un long tour de siècles et d'années L'une sur l'autre à course retournées Ont nettoyé leurs tachés, et ont fait L'esprit divin estre pur et pariait.
Et que le feu degrés-simple nature