‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 3)Chapitre 92 sur 155 · Livre quatriësme · texte numérisé non relu

Livre quatriësme

Et des ruisseaux les courses azurées N'estancheront leurs gorges altérées, Presque espuisez jusqu'au profond des eaux , Ou soit par eux, ou soit par leurs chevaux Peuple invincible en toutes sortes d'armes, Vaillans piétons, chevateureux gendarmes.

Fiers, courag[eux, aux batailles ardant,

$iii d'Orient jusques à l'Occident, Ictorieux, espandra ses armées.

Les champs de Tyr, les terres Idumées Les coignoistront, et toy, fleuve qui fuis Dedans là mer desgorge par sept huis ; Et d'Apollon la roche inaccessible Co^oistra bien leur puissance invincible; Voire tous rois se verront surmontez.

Si les Gaulois ne sont de leurs costez.

«Or, à la fin, de troupe plus espaisse Que n'est la nège ou la gresle que prçsse Le vent d'hyver, qui bond à bond se suit , Et sur le toict des maisons fait grand bruit; Et plus espàis que fueilles d'un bocage.

Du Rhein venteux gaigneront le rivage ; Puis , surmontant par l'eiFort du harnois Phrysons, Gueidrois, Zelandois, Holandois, Verront la Meuse, et par forte puissance De leurs voisins prendront obeyssance , De toutes parts laimez et redoutez Comme guerriers aux armez indomtez , Terreur des rois et des fortes murailles.

Sous Marcomire auront longues batailles Contre la Gaule intraitable; et je veux De ce grand-duc te monstrer les neveux , Et les enfans yssus d« ta Ugnét) . -

Par qui la Gaule un jour sera gaignée.

Et qui tiendront (sang troyen & germain) Le sceptre entier laissé de tnain en m^dû. »

A-4ant la vierge un petit se repose , Et Francion luy demande autre chose :

220 La Francudk.

« Vherjje , l'honneur des dames et de moy , Toute diYÎne , heureux germe de roy , Je te suppli' , propbMe véritable , Sage en conseu , d/-moy s'il est croyable Que les esprits qui ^nt sortis dehors De leurs vieux corps rentrent en nouveaux corps , Quelle fureur, quelle maudite envie Les tient séduits de retourner en vie, - Et d'oti leur vient ce furieux amour Que de revoir encore un coup le jour, Se revestant démuselés et de veines Pour re^souffrir tant de nouvelles peines; Et quand doit Thomrne espérer un repos , Si, despouillé de chair, de nerfs et a'os, Mesme au tombeau le repos il ne treuve, Et d'une peau en recherche une neuve ; Donques la mort n'est la fin de nos maux , Puisqu'on mourant , de travaux en travaux Nous revivons, pour mourir à toute heure, Errans sans fin , sans repos ny demeure. »

A-tant se teiit. Elle, qui rentendit, D*un haut discpurs luy contre-respondit (j) :

« Seigneur troven , tout pe qui vit au monde Est composé de la terr^' çt de ronde , D'air et de feu (membres ile l'univers), Et bien qu'ils soient quatre elemens divers, Ils sont entr'eux liez de telle sorte

gue l'un à l'autre enchainé se rapporte, rs'empruntant d'un accord se refont.

Et changeant d'un en l'autre «'en*revont.

ç. Or, tout ainsi que le corps sans une ame

a. Var. Vers ajoutés en 1578 ;

D'unt wfix sagt, Àpellon, qui la laisse En SQn bon sens pour un temps, ne la presse, Mn de miiux par raison discourir Des hauts seçr§U qu'elle vouloh ouvrir.

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