FRAGMENT DE LA SATYRE IX
Ces resveurs dont la muse insolente,
Censurant les plus vieux, arrogamment se vante De reformer les vers, non les tiens seulement, Mais veulent déterrer les Grecs du monument, Les Latins, les Hébreux et toute Tantiquaille, Et leur dire à leur nez qu'ils n'ont fait rien qui vaille. Ronsard en son mestier n'estoit qu'un apprentif, Il avoit le cerveau fantastique et restif; Desportes n'est pas net, du Bellay trop facile; Belleau ne parle pas comme on parle a la ville ; Ils ont des mots hargneux^ bouffis et relevés, Qui du peuple aujourd'hui ne sont pas approuvés
I. Guillaume Colletet, dans sa vie de Ronsard, affirme que ces vers sont de Malherbe. Il était à même de le savoir. On les lit sous le portrait de Cassandre, dans l'édition de Ronsard, 162J, in-folio, T. I".
292 Le Tombeau.
Mais, Rapin, à leur goust si les vieux sont profanes. Si Virgile, le Tasse et Ronsard sont des ânes ; Sans perdre en ces discours le temps que nous perdons, Allons comme eux aux champs, et mangeons des char-
[dons.
Mathurin Régnier.