DES ŒUVRES DE RONSARD
Strophe I,
A genoux, avortons de France, Adorez l'immortelle voix, L'immortelle voix d'excellence De la trompette des Valois î
286 Le Tombeau
A genoux, et que sans redite
On rende hommage à son mérite,
Ad vouant par ces vrays honneurs,
Et le triomphe et la victoire
Qui s'éternisent dans la gloire
D^n parfait mignon des neuf Sœurs !
Antistrophe.
Ronsard, qui venant de Permesse, Esmeu d'une saincte fureur. Et d'une première jeunesse.
Vainquit rignorance et l'erreur, Bronchant sous un mesme advantage, Allumé d'un brave courage.
Leurs escadrons espouvantez, Dont l'affluence intolérable.
Au gré d'un sort inéquitable, Gagnoit la palme en nos citez.
* Epode.
Par tout flamboient leurs trophées.
Par tout leur nom s'eslevoit, Et leur démérite avoit La gloire de nos Orphées ; Mais ce palladin guerrier, Empennaché du laurier Qui ceint les testes plus rares, Sur leur empire estably, Noya les troupes barbares Sous les vagues de l'oubly.
Strophe IL
Son prix esclatta dans leurs armes, Qui vouloient nuire à ses efforts, Esleus pour enfanter des charmes Capables d'attraire les morts.
DE P. DE Ronsard. 287
Comme un vent, comme une fumée Leur vanité fut consommée ; Leur nom comme un rien se perdit.
Les estoilles chassent les ombres, Phœbus escarte les nuicts sombres Quand vers les monts il resplendit.
Antistrophe.
L'Hippocrene adonc trémoussante Au bruit d'un tel événement.
Réveilla son eau croupissante, Qui dormoit paresseusement; La fontaine de Castalie Fit mouvoir son onde jaillie ; Pinde esmeut ses bocages verds ; Et sous la Vendomoise lyre, Parnasse et les antres de Cyrrhe ' A régal furent descouverts.
Epode.
Les Roys jugez au silence.
Ouvrants leur cœur et les yeux, Furent couronnez aux cieux, Affranchis de Toubliance.
Apollon surgit en cour ; Et désirant tel séjour, Les neuf sçavantes Pucelles, Riches d'honneur et d'appas.
Au vent donnèrent leurs aislés Pour y conduire leurs pas.
Strophe in.
Mais où ma pouppe vagabonde Prend-elle sa carrière ainsi.?
Quel Zéphyr m'abandonne à l'onde, A fin de tesmoigner cecy?
288 Le Tombeau
Qui n'est imbu de ces merveilles, De ces merveilles nompareilles?
Hé ! qui de Tune à Tautre part Et du Gange et de THespende, Ignore le prix qui réside En la mémoire de Ronsard?
Antistrophe.
Que Ton adore ses mérites, Quel'on révère les honneurs I>e ce mignon des trois Carites, Et de cet amant des neuf Sœurs. Que Ton immole à son génie; Oue toute divine harmonie S^ëntende au front de ses autels; Que tous bois sacrez les allument ; Que Tencens, que le basme y fument, Comme pour les Dieux immortels I
Epode.
C'est pourquoy tout en colère Je repren ces effrontez, Qui chercheurs de nouveautez, Blâsment ta louange claire, Ta louange, ô grand Ronsard 1 A iin que leur voix sans art Injustement s'authorise.
Et que par leurs vains discours.
Un rude siècle introduise Leurs vers qui mourront sans cours.
Strophe IV.
Manière de vers sans exemple, ue Romains, Toscans ny Grégeois
Qu(
appendirent jamais au temple De Fhœbus à la douce voix ;
DE P. DE Ronsard. 289
Qui jamais du ciel n'arrivèrent, Que jamais les Dieux n'approuvèrent, Et aue jamais homme sçavant Ny bien-disant ne mit en conte, Pour ne rechercher de la honte En n'idolâtrant que du vent.
Antistrophe.
Au lieu de fleurs ils ne présentent Que des chardons ; rien que fourmis Pour des montagnes ils n'enfantent, D'honneur et de gloire ennemis.
Et toutesfois ils osent dire Que ceux dont l'esprit on admire, Sont jugez le rebut de tous ; Mais que leurs stances et leurs veilles Sont les délices des oreilles, Et leur contentement plus doux.
Epode.
Belle ame où l'honneur abonde, Si les bien-heureux là-haut, Prés du bien qui ne défaut.
Peuvent quelque chose au monde; Foudroyé ces avortons, Brise leurs vers et leurs noms, Et ceux qui les font parestre En des livres ignorans, Mis sur le contoir, pour estre L'abus mesme des plus grans !
Strophe V.
Mais telle race abominable, Dont les esprits sont des chaos, Telle vermine est incapable De cheminer avec ton los,
Ronsard. * 1 9
Le Tombeau
Et d'oser regarder en face Les imitateurs de la grâce
Sui donne lumière à tes vers, ors desquels et de leur cadance Il n'est rien qui vaille en la France, Ny mesme au rond de l'univers.
Antistrophe.
Neantmoins ces corneilles vaines (Dont la gloire a peu de saisons) Au gré des ignorans Mécènes Font un Pérou de leurs maisons; Tout à leur désir se vient rendre, Tandis qu'es rives de Méandre Les cygnes meurent de langueur ; Et que leurs chansons mesprisées Servent de blasme et de risées Par une fatale rigueur.
Epode.
Advienne que sous l'empire De Louys, en qui les deux Ont respandu tout leur mieux, Je puisse un jour m'en desdire ; Et Que le prix et le nom De la race de Bourbon, N'ay'nt pas un moindre advantage
gue l'heureux nom de Valois, n faisant voir que nostre âge Est plein d'aussi bonnes voix.
Cl. Garnier,
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