II SEPTEMBRE I 5 24 •<- 27 DÉCEMBRE I
Veritas filia Temporis.
Inscription au château de la Poissonnière.
i'année 1525, si désastreuse pour la ^France, ventât de finir. Le Roi Fran- |çoÎ8 I», le glorieux vaincu de Pavie, in'était plus le prisonnier, mais Thôte de Charles-Quint. Sa rançon avait été stipulée par cet onéreux traité de 'Madrid que Madame d'Angoulëme se disposait à exécuter, en livrant à l'Espagne le Dauphin et le duc d'Orléans, en échange de leur père.
Le> seigneur Loys de Ronsard allait quitter son castel de la Poissonnière pour suivre dans leur captivité les deux nobles otages Ronsard, * i
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que la Régente l'avait chargé d'accompagner.
Tandis qu'il faisait ses adieux à sa famille et recommandait à sa femme ses quatre jeunes fils, dont le dernier était encore au berceau , ses équi[)ages l'attendaient sur la route, et les gens du village de Couture, groupés devant la porte de son ifianoir, se préparaient à lui sounaiter un heureux voyage.
C'est que messire Loys n'était pas un seigneur vulgaire. Maître d'hôtel du Roi et chevalier de son ordre, il descendait d'une antique famille. Le premier de sa race en France, un certain Baudouin de Ronsard , Rossart ou Roussard , cadet aventureux, avait quitté la Roumanie vers 1 340, et était venu offrir ses services à Philippe de Valois, alors en guerre contre les Anglais. Q) Il se comporta si bravement qu'il put, grâce aux bienfaits du Roi, bâtir son château près du village de Couture (dans la Varenne du bas Vendosmois) et faire souche en France. (»)
1 . Le nom de Ronsard serait la traduction du mot hongrois marucini, qui signifie ronces. (V. une note de Télégie à Remy Belleau, t. IV, p. 297.) On le tire aussi de ross, qui signifie un cheval dans certaines langues du nord; et le nom de rossarîs se donne à de fort bonnes ablettes qu'on pêche dans le Loir. C'est pourquoi l'écusson des Ronsard était d'azur à trois ablettes d'argent et portait pour cimier un cheval.
Le poète avait des armoiries personnelles qui lui avaient été données par Charles IX. Il portait d'azur à trois roses d'argent feuillées et soutenues de sinople. (Pailliot. La vrait et parfaicte Science des Armoiries , Paris^i66o, in-fol., p. J74.)
2. Dans la fraîche vallée du Loir, à sept lieues ouest de Vendôme (Loir-et-Cher), sur le versant d'un coteau qui
Un des descendants de Baudouin fiit, dit-on, évëque du Mans, et la maison s'allia aux plus nobles de la province. Loys avait épousé Jeanne
descend vers le nord, au dessous de l'antique for^t de Gastine, il est une position forte et charmante i la fois, d'où le regard, dominant le bourg de Couture, erre à travers les vertes prairies du Loir et de la Braye, embrasse les collines de Tr6o, les hauteurs où fut un camp romain qui dominait Sougé, le village de Poncé, le château de la Flotte, etc., sinueux amphithéâtre de coteftux fertiles, dont le sous-sol, formé d'une roche friable, est percé d'habitations souterraines et couronné de vignobles ou de bois.
Dans ce lieu, qu'on appelle les Vaux du Loir, s'élève le manoir de la Poissonnière. Son ensemble, plus gracieux qu'imposant, forme un carré long, dont les portes et les fenêtres sont ornées d'arabesques ciselées dans la pierre blanche du pays. L'escalier est renfermé dans une tourelle oaogone qui, chargée aussi de sculptures, couronnée d'une élégante lucarne, ressort au milieu de la façade méridionale du bâtiment.
Au dessus de la porte de la tourelle, sous un buste trèsdégradé, se lit cette inscription: Voluptati et Gratiis. Contre les appuis de toutes les fenêtres sont gravées des maximes plus sérieuses : Veritas filia temporis. Ne quatre nimis, Res^ pice finan. Ces deux mots : Ayant partir, s'y trouvent plusieurs fois répétés.
Les communs, creusés dans le roc, forment avec les constructions un angle aigu. Des restes de vieux murs les dominent. Les montants des portes et les meneaux qui les surmontent sont taillés à même la pierre et chargés d'attributs et de devises, indiquant leur destination : la Buanderie belle, la Fourière, Vina barbara, Cui des videto, Custodia dapum, Sustine et abstine.
Dans la maison se voient de grandes et belles cheminées semi-gothiques en pierre blanche. Celle de la grande salle captive les regards par les sculptures délicates dont elle est couverte, sculptures composées presque uniquement de pièces des armoiries des différentes familles auxquelles les Ronsard s'étaient alliés. Au sommet brille l'écusson de France; au dessous, les trois poissons des Ronsard sont accompagnés
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de Chaudrier, dont la famille tenait à celles du Bouchage, de La Trimouille (') et de Rouaux.
C'était à elle, qu'au moment de partir pour l'Espagne, il recommandait vivement ses enfants et surtout le dernier né, qui enlaçait de sq$ petites mains le cou de son père et ne voulait pas se séparer de lui. Le bon chevalier s'inquiétait avec raison. Sur les six enfants issus de son
de cette légende : Non fallunt futura merentem, qu'on peut lire aussi : Non fallunt futura me rete, par allusion aux poissons qui défient toute espèce de filets.
On a cru Toir, dans des tiges de fleurs vers lesquelles s'élancent des flammes, emblèmes qui occupent tout le bandeau de la cheminée, un mystérieux hommage du poète à la sœur de Henry II, Marguerite de Savoie^ la première admiratrice de ses vers. Mais cette conjecture me semble très-peu fondée; d'abord parce que Pierre, le dernier de la famille, n'a jamais dû posséder le château paternel, qui appartenait de droit à l'aîné ; ensuite parce que les sculptures du castel remontent aux premières années du seizième siècle, à l'époque où le style de la renaissance commençait à se mêler au style gothique; enfin parce que les L plusieurs fois répétées, le nom entier de Loys gravé sur la grande cheminée, achèvent de démontrer qu'elles doivent être attribuées au père du poète.
On montre, dans le pavillon le plus voisin de la chapelle, une chambre qui est, dit-on, celle où naquit Ronsard.
Voyez, pour plus de détails : Vendôme et le Vendômois, par M. de Passac, 1825, in-4*, et VHisU archéologique du Vendômois y 1849, in-4».
La Poissonnière appartient aujourd'hui à M*' H. de Lahaye, née Cottereau, qui l'a fait pieusement restaurer, avec le goût et l'habileté d'une antiquaire et d'une artiste.
I . De la famille de Craon, et de celle de La Trimouille, descendaient, par l'alliance de l'impératrice Mathilde, les rois d'Angleterre; de manière que Ronsard se prétendait allié au seizième ou dix-septième degré d'ÉHsabetii^ reine d'Angleterre.
mariage, deux avaient succombé dans leurs premières années. Les trois aines survivants étaient déjà grands et forts (>); mais le plus jeune, qui avait dix-huit mois à peine, était alors d'une santé délicate. Le samedi 11 septembre 1524, premier jour de sa vie, avait failli être celui de sa mort. En traversant le jjré Bouju, pour le porter au baptême, sa nourrice le laissa tomber, et sa marrame lui renversa sur la tête le vase plein d'eau de rose et de fleurs qu'elle offrait à l'église. Heureusement, sa chute eut lieu sur l'herbe et le vase ne le blessa point; mais il lui en était resté quelque faiblesse.
Cet enfent c'était Pierre de Ronsard, qui devait pendant tout un siècle faire prosterner la France aux pieds de sa renommée littéraire, si bien que^a naissance, arrivée quelques mois avant la bataille de Pavie, semblait aux yeux de ses contemporains balancer le désastre de nos armes; Pierre de Ronsard, qui .devait être ensuite plus abreuvé d'affronts qu'il n'avait été
I . Le premier se nommait Claude. Il suivit la profession des armes, se maria et laissa deux fils. Le dernier représenunt mâle de cette branche^ le général de Marescot, est mort dans le Vendômois en 1832.
Louis, le putné, fut prêtre^ curé d'Évailié, abbé de Tyron et de Beaulieu.
Le troisième s'appelait Charles. Il était, en 1564, doyen de l'église du Mans.
M. le comte Achille de Rochambeau, à qui je dois une importante partie de ces documents généalogiques, m'apprend encore que la dernière descendante des Ronsard de la Poissonnière est une demoiselle de Ronsard, âgée de soixante ans, qui habite la Normandie.
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chargé de palmes^ et revenir enfin après trois cents ans d'oubli revendiquer sa gloire auprès de la postérité.
Le maître d'hôtel de François I*' ne manquait pas d'instruction; il avait fait ses études à l'université de Bourges; il se piquait même de composer des vers latins et des poésies françaises, que les Marot, les Saint-Gelais, les Héroet avaient daigné entendre et applaudir. Q) Aussi avait-il donné à ses fils un précepteur, dont Pierre partagea les leçons aussitôt que l'âge le lui permit.
Jusqu'en 153? l'enfant vécut à la campagne, de cette vie active et forte qui développe le corps, tandis aue son esprit se cultivait, stimulé par l'exemple de ses aînés, qu'il eut en peu de temps atteints et même dépassés; si bien que son père, pour utiliser ses grandes dispositions et sa vive mtelligence, résolut de le mettre au collège à Paris.
Ronsard avait alors neuf ans; blond, aux yeux bleus, grand et maigre, à la fois impétueux et doux, aussi ardent à l'étude qu'aux exercices du corps, ses joues roses, son regard vif et-son gracieux sourire charmaient tout le monde.
Mais le séjour du collège de Navarre l'eut bientôt changé. En six mois il perdit ses belles couleurs, sa vivacité, son goût pour l'étude. Tout
I . Jean Bouchet de Poitiers parle souvent de lui dans ses Epistres. Il l'appelle Loys Roussart (Voyez les épistres 96, 97 et 129). Il a même écrit son épitaphe que nous donnons page 13 (Les Cinialéj^ies, Effigies... et autres Opuscules de J. Bouchet, un vol. in-fol., 1545).
cela était dû au régime rigoureux du collège, à la sévérité pédante de son réeent, le sieur de Vailly, qui ne sut pas profiter de ce riche naturel et voulut arracher de force ce qu'il eût facilement obtenu par la douceur. Effrayé de ce dépérissement, son père l'emmena avec lui à Avignon, où le Roi, assisté de ses trois fils, se préparait à de nouveaux combats. Car son éternel rival Charles-Quint, fier de cette expédition d'Afrique où il avait vaincu Barberousse, envahissait la Provence, allait assiéger Marseille et rangeait déjà la France au nombre de ses conquêtes.
Le Dauphin François rencontra dans son camp le jeune Ronsard , qui lui fut présenté par son père, et le voulut avoir au nombre de ses paees; mais six jours après (10 août 1 5 36), le D^auphin, empoisonné, dit-on, par le comte de Monttcuculo, mourut à Toumon. Ronsard ayant perdu ce premier protecteur, ne tarda pas à en trouver un autre dans la personne de Charles, duc d'Orléans, troisième fils du Roi. Il avait le don de plaire à tous ceux oui le connaissaient; aussi lorsque Madeleine ae France épousa Jacques Stuart, roi d'Ecosse ('), il fut au nombre de ceux qui suivirent la jeune. Reine dans sa nouvelle patrie. Après y avoir passé deux ans , il quitta Edimbourg malgré les instances du Roi Jacques, employa six mois à parcourir l'Angleterre, et revint en France reprendre son service de page auprès du duc d'Orléans.