‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 4)Chapitre 17 sur 127 · Gandar. Étude sur Ronsard (Meu, 1854, in-S · texte numérisé non relu

Gandar. Étude sur Ronsard (Meu, 1854, in-S

chevaucher, escrimer, lutter, jouer à la paume avec lui.

« Et de fait, dit Binet, le Roy ne faisoit » partie où Ronsard ne fust appelé de son costé ; » tesmoin que le Roy fit partie au balon dans » le Préaux Clercs avec M' de Longueville, où » le Roy ne voulust jamais commencer le jeu » qu^il n'y fust, et dit tout haut, après avoir n gaigné, que Ronsard en estoit la cause. »

Enfin les instances de ses amis le décidèrent à faire imprimer VËpithalame d'Antoine de Bourbon et Jeanne de Navarre (154^). Cette pièce de circonstance fut bientôt suivie de VHymne de France (»)i quMl supprima depuis, et de V Ode de la paix (1550).

C'était le prélude des Odes. Elles parurent la même année Q) et leur publication tut hâtée

Ear une indiscrétion de Du Bellay, qui faillit rouiller les deux amis.

Ronsard enfermait avec soin dans son Estude (on dirait aujourd'hui son cabinet) , les recueils encore inconnus de ses vers. Un jour il s'aperçoit que le cahier des Odes a disparu. Ses amis seuls ont pénétré chez lui; c'est l'un d'eux certainement qui s'est rendu coupable du larcin. Estce Balf, Belleau ou Du Bellay? Ce dernier semble se cacher de lui depuis quelcjue temps et travaille en secret. Il vient d'obtenir un privilège et hante souvent la boutique de L'Angelier.

I . Le titre de cette pièce porte Ronsart, 1, Les quatre premiers livres des Odes de P. de Ronsard, yand.y ensemble son Bocage. Paris, G* Cavellart, 1550, ïïl-S".

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Ronsard réclame, insiste et va jusqu'à intenter une action pour le recouvrement de ses papiers. Le repentir suivit de près l'offense. Du Bellay vint se mettre à la merci de Ronsard et lui offrir le sacrifice des Odes qu'il avait faites à son inspiration. Ronsard lut les vers de son ami repentant, les loua fort et l'excita à continuer. Toutefois le livre de Du Bellay ne parut point sous le titre i^Odes^ mais sous celui de Recueil de poésie présenté à madame Marguerite, sœur unique du Roy, (»)

Les Odes de Ronsard eurent un succès d'enthousiasme, dont le retentissement n'avait fait que grandir, lorsque deux ans après, la publication des Amours (^) vint y mettre le comble.

I. L'excessive rareté des premières éditions de J. du Bellay est cause que cet épisode a été fort inexactement raconté.

Ce n'est pas, comme on Pa cru, Caveiiat, mais Arnoul L'Angelier, qui obtint le premier un privilège pour l'Illustration de la Langue française et l'Olive; ce privilège est daté du 20 mars 1548. L'Olive et l'Illustration ont paru avant le Recueil de poésie présenté à Madame Marguerite, qui fut publié pour la preftiière fois à Paris, chez Amoul Langclier (1J49, in-8*). L'édition de G. Cavellat (iJHi in-8') est la seconde. — Du Bellay avait d'abord donné un certain nombre d'odes à la suite de la première édition des Sonnets à Olive; mais il les supprima dans la seconde, imprimée en i5$o. Il est évident qu'en cela il voulut faire une espèce de réparation à Ronsard offensé.

Je dois ces curieux détails à mon excellent ami Edouard Turquety, si versé dans la connaissance des poètes du XVI" siècle, qui a fait une étude très-consciencieuse et trèsapprofondie des éditions originales de J. du Bellay, son poète favori.

a. Les Amours de P. de Ronsard, vandomois, ensemble

Il s'élance des bancs du collège et attdnt d'un seul coup le premier rang parmi ses contemporains. Que dis-je ? c'est Horace, c'est Pétrarque, c'est Pinoâre! Ses rivaux de la veille, Baïf, Belleau, Du Bellay, Muret, deviennant ses premiers admirateurs. « Dorât et Tumèbe eux- » mêmes, dit M. Sainte-Beuve qu'il faut toujours » citer, s'étonnent de leur propre admiration » pour un disciple, pour un poète français, né » d'hier, et ne savent que le saluer dès ses pre- » miers essais , du surnom d'Homère et de » Virgile. »

L'académie des Jeux floraux de Toulouse ne croit pas faire assez en lui décernant l'églantine 4'or qu'elle donne aux poètes; elle lui envoie, sans qu'il ait concouru, une Minerve d'argent massif de ^and prix, que Ronsard, habile courtisan, offrit à Henry II. (') Il adressa en même temps, pour remerciement à l'académie de Clémence Isaure, V Hymne de l^ Hercule chrétien^ dédié à Odet, cardinal de Chastillon, alors archevêque de Toulouse. (»)

Pierre L'Escot, architecte du Louvre, sculpte en bas-relief sur un des frontons, la Renommée en face de la Gloire avec cette inscription :

le cinquiesme de ses Odes. Paris, v* Maurice de Laporte, 1552, in-S».

I . Pélisson, dans son Histoire de l'Académie, affirme que c'était un Apollon d'argent.

1, Cette dédicace était un acte de reconnaissance ; car ce fin à l'initiative du cardinal de Châtillon et de Pibrac, alors membre du parlement de Toulouse, que Ronsard dut l'hommage que lui décernait la célèbre Académie.

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ViRTUTi REGIS iNvicTissiMi, et, sdon le récit de Claude Binet, répond à Henry II, qui lui demandait l'explication de cette allégorie : « Sire, j'ai '» représenté, vis-à-vis de la Gloire du Roi, la » Muse d^ Ronsard ; et cette trompette qu'elle » tient en main, c'est la FranciadCy oui répandra » par tout l'univers le renom de ta France et » celui de Votre Majesté ! »

Cette haute fortune poétique ne s'établit cependant pas sans opposition. Toute l'école de Clément Marot, Héroet, La Boderie, Paul Augier, Charles Fontaine, et à la tête de tous les autres Mellin de Saint-Gelais, commencèrent une guerre d'épigrammes contre ces pindariseurs y dont le but était de renverser la littérature naïve et spirituelle qui avait été en honneur jusque-là. Saint-Gelais, en présence de Henry II lui-même, attaqua Ronsard qui eût succombé sous une raillerie appuyée par un sourire du Roi , si la duchesse de Berry, la belle Marguerite de France, n'eût elle-même pris en main la défense de son auteur préféré. Elle plaida si bien sa cause que le Roi, changeant d'opinion, nonseulement se rendit à l'avis de sa sœur, mais encore alloua une pension au poète injustement dénigré. (^')

Rabelais qui avait eu quelque raison de se plaindre de Ronsard, lorsqu'ils voyageaient

I . Ronsard lui-même a raconté dans des strophes que M. Edouard Turquety a récemment découvertes, et qui sont insérées page 136, l'attaque de Saint-Gelais et la manière dont Marguerite le défendit.

ensemble à la suite de Langey^ se déclara aussi contre les novateurs. Ronsard allait souvent à Meudon chez le cardinal de Lorraine et logeait dans une tour au milieu du parc; le joyeux curé le rencontrait quelquefois et ne manauait jamais, en présence du cardinal, de lui aécocher quelque sarcasme. Cette cuerre n'eut un terme qu'à la mort du grand railleur.

La querelle avec Saint-Gelais fut moins longue. Guillaume des Autels, ami des deux poètes, entreprit de les réconcilier et il y réussit, du moins en apparence; car Ronsard effaça les vers où il se plaignait d'avoir été pincé par" la tenaille de Mellin (») et lui adressa cette oae :

Tousjours ne tempeste enragée Contre ses bords la mer Egée. (")

Saint-Gelais répondit par un sonnet flatteur à son ancien adversaire. Ce sonnet, qui se trouve en tète de la seconde édition des Amours de Ronsard (3), ferait penser, selon CoUetet, que Saint-Gelais était lui-même épris de Cassandre et qu'ils n'étaient pas moins rivaux en amour qu'en poésie. Il commence ainsi :

D'un seul malheur se peut lamenter celle En qui tout Theur des astres est compris ; C'est, ô Ronsard, que tu ne sois espris Premier que moy de sa vive estinceUe. (*)

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