T. I, page xxvj
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Au fond la réconciliation ne fut pas bien sincère; car, dans les œuvres de Saint-Gelais, ce même sonnet ne s'adresse plus à Ronsard^ mais à Clément Marot. («)
Néanmoins le succès de la nouvelle école était désormais assuré, par la haute protection de la duchesse de Berrjr. Tous ces illustres naissants célébraient à l'envi
cette belle Déesse, ' La Marguerite honneur de nostre temps, Dont la vertu fleurit comme un printemps.
Ronsard surtout, dont elle était l'aînée de quelques mois seulement,, avait voué à sa beauté le plus pur de son encens poétique, et s'il vécut prosterné devant l'idole, c'est qu'il n'osa pas élever jusqu'à elle ses vœux les plus ardents. Mais ni Cassandre , ni Marie , ni aucune autre ne purent suffire à combler le vide de son cœur et empêcher qu'il ne mourût en adorant sa grande Marguerite.
Peut-être, en cherchant bien parmi les vers dédiés à ses maîtresses, en trouverait-on qui visaient plus haut et plus loin que le poète n'eût osé le dire. Peut-être même suffiràit-il de faire remarquer que les sonnets brûlants écrits pour celle qu'il cachait sous le nom de Sinope ont été
I . Ce sonnet, qui ne se voit pas dans les Œuvres poétiques de Mtllin de Saint-Gelais (Lyon, Ant. de Harsy, IJ74, in-8*), a été donné dans Tédition de 171 9, in- 12. Je ne sais où réditeur Tavait pris. Il se trouve aussi dans r.l<>ition de Saint-Gelais, avec les notes de Lamonnoye, publiée par la Bibliothèque elzévirienne en deux volumes in-i6.
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publiés en i $ 59, l'année même où Marguerite épousa le duc de Savoie. (■)
Quoi qu'il en soit, Cassandre servit pendant dix ans de texte à ses vers ; mais las enfin de n'être point aimé, il consacra à une autre beauté ses nouvelles amours.
Un 20 avril, comme il parcourait l'Anjou avec Baïf, il rencontra à Bourgueil cette^^ur angevine de quinze ans, à laquelle u voua pendant six ans sa poésie, sans être mieux récompensé aue par Cassandre. Car il dit positivement, aans le Voyage de Tours, qu'elle en aima un autre; et pour que l'affront fut plus cruel, cet autre était un de ses cousins, Charles de Pisseleu , qui ne prétendait point encore à l'évèché de Condom.
Il ne laissa pourtant pas de chanter l'inhumaine jusqu'à sa mort et de la pleurer encore quand elle ne fut plus qu'un peu de cendre.
Quel était le vrai nom de cette seconde maltresse? (^) — Est-ce, comme Nodier l'a supposé, une sœur d'Anne de Marquets, la rehgieuse poète et savante du couvent de Poîssy, Marie de Marquets, dont le nom s'est retrouvé écrit sur ses Heures avec des vers que l'ingénieux écri-
1. Les sonnets pour Sinope sont dans notre T. I^ de la page 193, sonnet xxxviij, à la page 197, sonnet xlvij, et de la page ^o), sonnet xxx, à la page 405, sonnet xxxiv.
2. J'ai faussement supposé (t. I, page 48) que la Marie du poète pouvait être mademoiselle de Limeuil. Cette fille d'honneur de la reine s'api)elait Isabeau de la Tour. Elle s'entremit un jour pour apaiser un ressentiment du prince de Condé, dont elle était la mattresse, contre Ronsard. Le sonnet qui m'a induit en erreur était un acte de reconnaissance.
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vain attribue à Ronsard ? (') — Je ne le pense pas. Marie de Marquets, née sans doute en Normandie, dans le comté d'Eu, comme sa sœur, ne saurait passer pour la Marion du voyage de Tours, la petite pucelle Angeviney qui prit le cœur du poète par un beau matin d'avril. D'ailleurs l'hypothèse de Nodier repose tout entière sur la supposition que les vers inscrits dans les Heures de Marie de Marquetz seraient un autographe de Ronsard. Mais s'ils sont, comme je le crois, d'une autre main que la sienne, tout s'écroule et c'est autre part qu'on doit chercher un nom pour la Marie du çoète.
S'il m'était permis de hasarder une conjecture, ce nom serait Marie du Pin. Ne s'écrie-t-il pas :
J'aime un pin de Bourgueil, où Venus appendit Ma jeune fiberté...
Et plus loin :
Si quelque amoureux passe en Anjou, par Bourgueil, Voye un pin eslevé pardessus le village...
Enfin, dans le voyage de Tours :
I. Voyez CCS vers tome I, page 412. Nodier affirme à tort qu'ils sont autographes. Il a dû être induit en erreur en les comparant avec un manuscrit du second livre de la Franciade, conservé à la Bibliothèque impériale, et dont les caractères, tracés d'une main calme, rappellent en effet ceux des vers en question. Mais ce manuscrit n'est certainement pas de Ronsard. Ce n'est point cette écriture fiévreuse, difforme et saccadée, dont quelques pages authentiques sont parvenues jusqu'à nous. — C'est une copie. Je la crois d'Amadis Jamyn, son page et son secrétaire. Elle est décrite t. m, p. 87.
J'irois jusqu'à Bourgueil Et là, dessous un pin, couché sur la verdure....
Je ne crois pas cju'il en faille davantage pour justifier ma supposition aux yeux de qui connaît l'esprit du xvp siècle. (')
Le poète n'avait pas négligé les occasions d'oublier, entre les bras de beautés peu sévères, la cruauté de Marie. (^) Après avoir épanché la première douleur que lui causa sa perte, ce cœur facile à prendre ne se fixe plus et porte en différents lieux ses mobiles amours. (5) Tantôt c'est une dame D'Estrées (qu'il déguise sous le pseudonyme d'Astrée) ; tantôt c'est une plus grande encore (peut-être Marguerite de Valois, la reine Marcot;; tantôt c'est Genèvre, qui, au dire de Claude Gamier, « étoit une haute femme, claire brune, mariée au concierge de la geôle de Saint-Marcel, et nommée Geneviève Raut. »
Furetière, dans le Roman Bourgeois, dit que Cassandre n'était réellement qu'une grande Halebreda, qui tenait le cabaret du Sabot, dans le faubourg Saint-Marcel. Il est évident pour moi que Furetière a confondu Cassandre avec Genè-