AUX POÈTES DU XIX* SIÈCLE
SONNET
QUAND votre rêve en fleurs à la rime se plie, Quand la Muse a touché vos fronts chargés d'éclairs, Poètes, songez-vous que la gloire est folie, Qu'une haleine de mort souffle sur vos concerts ?
Écoutez, d'une voix par l'espace affaiblie.
Le vieux Ronsard chanter dans ses parvis déserts.
Son siècle l'admirait et le nôtre l'oublie :
C'est notre ayeul; pour lui je viens quêter des vers.
J'ai rattaché les nerfs de sa lyre muette;
Vous, d'un injuste oubli vengez ses chants altiers,
Consolez, fils pieux, sa grande ombre inquiète,
Revendiquez sa gloire à d'ingrats héritiers.
Pour que sur vos tombeaux, un jour, quelque poète
Chante à son tour vos noms et sème des lauriers !
1867. Prospbr Blanchbmain.