I. Paris, G. Buon, 1565, in
j2 Vie
Il reçut aussi à cette occasion une lettre de félidtation du i)ape Pie V.
Mais cette violente diatribe, récompensée par des honneurs si grands, fut le si^al de répliques plus virulentes encore. Les calvinistes publièrent contre lui des poèmes satiriques intitulés : le Temple de Ronsard ('), la Métamorphose de Ronsard en prestre, etc., dont les auteurs étaient Florent Chrestien, Grévin, et le ministre La Roche-Chandieu, sous les pseudonymes de F. de la Baronie, A. Zamariel et B. de Mont-Dieu. N'osant nier son génie ils lui reprochèrent, étant prêtre, de mener une vie licencieuse, d'être athée et d'avoir au village d'Arcueil sacrifié un bouc en l'honneur de Jodelle, etc.
Ronsard répond de manière à confondre ses calomniateurs : Il vit du revenu de bénéfices qui lui ont été donnés; à son grand re^et il n'est pas prêtre; mais sa vie est honorable et pieuse; il la décrit dans sa Réponse à quelque ministre. (^) Quant à l'histoire du bouc, c'est une folie de carnaval. La Brigade fêtait à Arcueil le succès de la tragédie de Cléopâtre , que Jodelle avait fait représenter devant Henry IL Chacun faisait quelque plaisanterie ou récitait quelques vers folâtres, (f) Un bouc vient à passer dans la
1. Lt Temple de Ronsard se trouve dans cette édition, t. VII, p. 88.
2. Paris, Buon, 1563, in-4«. T. VII, page 95 de cette édition.
3. C'est de Pépoque du festin d'Arcueil que doivent être datées les Gayetez, publiées d'abord sans nom d'auteur sous le titre de : Livret de Folastries, à Janot, parisien. Paris,
rue. Les souvenirs classiques s'éveillent. Le bouc était la victime que l'antiquité offrait à Bacchus; c'était aussi le prix de la tragédie. On s'empare de l'animal, on le couronne de lierre et, aux rires de l'assemblée, on le fait entrer dans la salle du festin ; puis après l'avoir présenté à Jodelle, on le renvoie à son troupeau. Tout cela ne fut qu'une mascarade, et il fallait une animosité bien envenimée pour y voir autre chose.
La haine des religionnaires ne se borna pas à des paroles. Ronsard dit, dans sa Remonstrance au peuple de France, qu'un jour on lui tira cinq coups d'arquebuse et qu'il eut beaucoup de peine à s'échapper sain et sauf.
Les écrivains protestants prétendirent, de leur côté, qu'il avait pris les armes contre eux, et notamment qu'en 1 554, associé aux seigneurs de Maillé et à du Bellay de la Flotte, il aurait massacré plusieurs de leurs coreligionnaires dans la plaine de Couture. Théodore ae Bèze 0) dit que « s'étant fait prestre il se voulust mesler en » ces combats avec ses compagnons et, pour » cest effect, ayant assemblé quelques soldats » en un village nommé d'Evaillé, dont il estoit » curé, fist plusieurs courses, avec pilleries et » meurtres. » Sponde (2) raconte que ta noblesse
155;^ in- 12. Le Temple de Ronsard nous apprend que ce Livret fut condamné par arrêt du Parlement à être brûlé. Il est probable que la réimpression de 1584 (s. 1., in-12) fut aussi brûlée; car on ne connaît guère qu'un exemplaire de chaque édition.