I . Imitation des beaux vers de Virgile
Qualis populeâ mœrens Philomela sub umbrâ, etc. (Georg., lib. IV, vers Jii.)
Le jour m'est nuict, la nuict me semble jour, Et par les bois ne resne plus amour...
Helas ! je meurs. Je oevois estre prise Le mesme jour gué perdis ta franchise; Car aussy bien je ne vis plus en moy.
! si j'estois prisonnière avec toy, A tout le moins y prisonnières ensemble, Tous deux vivrions; et le deuil, qui me semble Plus dur que mort loing de mon amitié, Seroit plus doux porté par la moitié! »
Ainsy se plainct, d'une longue querelle, Par les forests la veuve tourterelle.
Et je vous plains de perdre promptement Celle qui est vostre contentement, Ains vostre tout. Car par amour commune N'avez qu'un cœur et n'avez âme qu'une.
Ainsy, vivant tous les deux en commun, Par le penser vos deux corps n'en font qu'un. Et le penser tellement vous compose Que vos deux corps n'est qu'une mesme chose.
Le triste jour qu'il faudra desloger.
Le ciel voudra sa lumière changer Pour ne veoir point vos larmes amoureuses Et pour n'ouïr vos plainctes douloureuses.
Vous feriez fendre un rocher endurcy.
Disant l'adieu que vous direz ainsy :
— « Chère compaigne, ainçois ma chère vie, Mon sangy mon cœur, quelle cruelle envie.
En m'esloignant me sépare de vous.
Et du lien qui nous estoit si doux.
Ne plus ne moins que si quelques tenailles En me forçant me tiroient les entrailles, Foye, poulmons, sang, artères et cœur.
Et me laissoient tout le corps sans vigueur ! Je ne vy plus, je ne suis qu une masse.
Masse de plomb, la charge d'une place.
Sans rien sentir; car mon seul mouvement S'est refroidy par ce département.
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» Adieu, pensée 1 adieu, douces paroles!
Adieu, discours! Helas! Amour, tu voles Plus tost que raoy ; tu t*en vas et ne pub Suivre ton vol tant débile je suis.
Las 1 arrestée en peines si cruelles J'ay, par le haut, pour m'envoler, des ailes Et par le bas du plomb qui me retient.
Le souvenir seulement me soutient.
En quelque part que tu ailles, amie, Tu ne m as pas douteuse ny aemie, Mais toute entière et si pourray passer Si longs chemins par le bien du penser; Et le vainqueur, qui vous tire par force, N'aura sans plus que le cœur et Tescorce, La bouche froide et le bien iiroid baiser, Charbon sans feu ; car Tamoureux braiser.
Jeux et plaisirs, paroles et délices.
Feront tousjours entre nous leurs offices, Par le penser; et le penser vaut mieux Qu'un corps pesant, de soy-mesme odieux.
Amsy ces Dieux, qui n'ont que les pensées.
Ne peuvent veoir leurs joyes offensées.
Le corps n'est rien qu'un fardeau sommeilleox : L'esprit est vif, actii et généreux.
En vous perdant je n'ay plus de puissance, En vous je suis; vous estes mon essence; Je vis en vous ; je ne vis plus en moy ; Vous estes tout, mon bien et mon esmoy.
Et vostre ame est en mon corps si enclose Si que deux corps n'est qu'une mesme chose.
» Toutes les nuicts, quand le soleil couchant Ira le jour soubs les ombres cachant, Vostre gentille et gracieuse image Viendra de nuict resiouir mon courage, Et en despit des omores et du vent Et des fascheux, je vous tiendray souvent Entre mes bras, prenant quelque allégeance En vostre vaine amoureuse semblance.
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Et, si le vray ne se peut présenter, Au moins le faux me pourra contenter.
» Or adieu donc ! La gresle et la tempeste.
Foudres, esclairs puissent suivre la teste De ce fascheux qui vous tire si loing.
Rochers, cailloux, les brigands et le soing Soient à ses pieds, -et toute chose dure.
Pour me venger du tourment que j'endure, Affin, mon cœur,*que puissiez revenir Et que le corps perde le souvenir. »
Amsy direz. Lors vous voyant pleureuse.
Dolente, triste, espamée, amoureuse, Et vos oeaux yeux larmoyant à Tescart, J'auray pitié, non pas pour ce despart, Ny pour Faaieu qui nous ravira Tame • Mais pour vous veoir en tristesse. Madame, Seule, pensive et ne pensant plus rien
gue ae songer au bien oui n'est pas bien r qui s'enrait vers les Alpes chenues, Ainsy qu'au vent le long troupeau des nues:
Je voudrois bien, d'un traict délicieux.
Boire un petit les larmes de vos veux, Qui descendront sur votre belle face; Et, respirant, en mon cœur faire place A vos souspirs parmy l'air espandus.
Quand ils seroient dedans moy descendus, A tout le moins maugré vous convertie J'aurois de vous quelque faible partie , Et telle part, à la fin, tant vauldroit, Que tout l'entier, par le temps, y viendroit.
Pour achever, afin que je me plaigne.
Perdant, Madame, une chère compaigne.
Vous acquerrez, s il vous plaist, un servant
9ui sera brave, et qui, en poursuivant Ôstre amitié par une amour non faincte, Allégera vostre triste complaincte.
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