RONSARD A VENDOME
Fragments d'une ode lue pour l'inauguration, à la mairie de Vendôme, d'un buste de Ronsard, sculpté par M. A. Irvoy.
De tous les siècles morts nul ne fut plus puissant , Plus fort que le seizième; aucun autre en passant N'étonna tant le monde Et si profondément ne le fit tressaillir; Nul autre ne jeta pour les temps à venir Semence si féconde
Oh ! les combats d*alors étaient rudes et beaux ; On appelle ces champs où luttaient des héros,
Marignan ou Pavie, Souvenir à la fois de deuil et de grandeur, Pavie où nos guerriers, perdant tout fors Phonneur,
Vendaient si cher leur vie!....
Dans ces temps désastreux, en un calme château. Paisiblement assis entre les bois et Teau,
Un enfant vint au monde.
France, garde-lui ton plus riant accueil.
Car tu feras un jour ton légitime orgueil
De cette tète blonde.
DU xix« Siècle. xix
Dieu marqua cet enfant de son plus divin sceau ; Des poètes bientôt il ceindra le oandeau;
Et bientôt son eénie, D'un art créé par lui déployant l'étendard, Partout ira porter le beau nom de Ronsard
Sur des flots d'harmonie.
Par lui la Poésie alors ne sera plus Un enfant bégayant un mélange confus
De galants badinages ; Mais une noble Muse à l'esprit cultivé, Au maintien élégant, au langage élevé,
Tout chatoyant d'images.
Cinq rois honoreront de leur intimité
Ce protégé des cieux qui chanta la beauté ,
Et fit la Franciadc, Les poètes du jour, se rangeant sous ses lois, Tout haut proclameront le cyene vendômois
Pour chef de leur Pléiade.
Mais auel sort, ô Ronsard, attend ton avenir! Quana tes contemporains te voyaient resplendir
D'une gloire si pure.
Qui donc eût pu prévoir que deux siècles entiers Jetteraient à ton nom, jaloux de ses lauriers.
Le dédain et Vin jure?....
Ton front tranquille et fier, tes traits nobles et purs De notre hôtel-de-ville ornent enfin les murs.
Vengé dans ta mémoire, Viens, ô Ronsard, trôner, paisible souverain. Dans ce vieux monument, jadis contemporain
Des beaux jours de ta gloire!
Mais, c'est trop peu ? Je veux, pour toi comme pour nous, Qu'un large piédestal s'élève aux yeux de tous, . Sur la place publique ;
XX Les Poètes
Que le bronze se torde aux flammes des brasiers, Et nous rende immortel, le front ceint de lauriers, Notre poète antiquel.... (')
Louis Bouchet,
Vendômois.
Janvier 1844.