‹ Œuvres complètes de P. de Ronsard (volume 4)Chapitre 7 sur 127 · RENOUVEAU · texte numérisé non relu

RENOUVEAU

Ronsard, guand tu parus, les douces voix des Muses Ne savaient bécayer que des notes confuses, Au bord de leur riant berceau ; C'est toi qui leur appris à sonner de la lyre ; Toi qui leur enseignas comment le cœur soupire, Comment le vers chante un rythme nouveau.

De tous les sentiments ta peinture est si franche. Que, sur tes frais tableaux, quand le regard se penche,

Il les voit vivre devant lui:

Nous croyons respirer le parfum de tes roses Qui perdaient leur couleur presqu'aussitôt qu'écloses Ëlt se fanaient alors comme aujourd'hui.

Et pourtant ton langage offre un aspect étrange. En son cours il charrie un étonnant mélange

xxij Les Poètes

De perles, d*or et de limon ; Mais l'inspiration qui nous sacre poète Gronde à travers ton style, ainsi que la tempête Qu'animerait le souffle d'un démon.

Tu donnais libre essor à ta forte pensée Qui planait fièrement dans les cieux élancée;

La foule acclamait tes accents

Puis, comme à toute chose il faut un côté sombre, Ton renom glorieux s'est éclipsé dans l'ombre Et ton génie a dormi trois cents ans.

Mais voici le réveil^ voici que l'ombre noire, Ronsard, se dissipe aux rayons de ta gloire;

Tu remontes sur tes autels I Un poète pieux t'a rendu ta couronne, Ton luth royal frémit et notre âme résonne Au renouveau de tes .vers immortels.

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