I. La copie porte mahfiiUances
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rancune qui assiège le cueur de l'envyeux ; elle ressemble aux vipères qui crèvent le ventre de leur mère en naissant^ et à ces vers qui s'engendrent dans les arbres, qui, petit à petit, font des pertuys dans Fescorce, et, â la fin , les consument en poudre et les font mourir, ou à la rouille qui , peu à peu , d'une dent sombre et sèche, mange, ronge et consume le fer et l'acier.
Pour ce, les anciens ont comparé l'envye à l'ydre que Hercule tua, non pour porter cinquante testes, mais pour se nourryr comme faisoyt l'ydre dans les maraiz de Leme de fan^e et de bourbier, en vilaines pensées, ordes aprehensions C) et venymeuses cogitations, el comme dict Ovide, pour se paistre de couleuvres, d'aspictz et de serpenz. L'envyeux a le visaige Slombé, les aents rouillées ; maigre par tout le corps, ne dort jamais; il est comme louche et ne regarde jamais droict, ny ne dresse les yeux vers le ciel, de douleur au'il a de le voyr si beau ; et, corne le labeur et lassitude travaille le corps^ ainsi la rancune et l'envye travaille extrêmement l'esprit. Et comme on voit que les guespes et les freslons ne s'assoient et ne mangent jamais au'ès plus belles fleurs, ainsi l'envye a pour subject ae sa malice les plus belles vertus, qu'elle ronge en son cueur ; et se ronge elle-mesme, voullant ronger et mançer autruy ; et qui plus est, son tourment le plus venement est que toutes les passions se peuvent nonnestement déceler et déclairer ; mais jamais homme n'osa dire et confesser qu'il fût envyeux et jalloux de la prospérité d'autruy, tant l'envye est un vice abject, pusillanime et villain.
Or, quand les esguillons, les poinctes et les crochects de la rancune ont totallement pénétré l'homme, et aue sa raison est du tout chassée du logis, cette misérable
I . La copie porte : hors des appréhensions, ce qui ne fait aucun sens. Est-ce bien Ronsard lui-même qui aurait écrit ainsi, et ne paratt-il pas manifeste que la phrase n'a pu être écrite ainsi que sous la dictée? (M. Gàndar.)
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peste n'engendre pas seulement des passions en l'ame ; mais, par mainte longue et fascheuse maladye, elle s'aparoist au corps de l'envyeux, luy crevé les yeux, luy safFrane et jaunist le corps, et luy presse si fort le cueur, comme estant espèce de tristesse, que souvent elle le faict tabide et phitisique ; car telle peste, luy desrobant par une continuelle imaginacion sa force et vigueur du corps, le faict destiller et descouler peu à peu, comme la neige au soleil ou comme la cyre au ■eu, luy envoyé en dormant des songes entrecoupez d'horribles fantosmes et d'espouvantables visions; et tellement sa melancholye noyre Tagite et le tourmente qu'il tombe quelquefois en une lycanthropie et court les' champs, pensant estre loup garou.
Comme ceulx qui sont morduz d'ung chien enragé pensent tousjours voir en Teau l'y mage du chien qui les a morduz, ainsi l'envyeux, par une faulce aprehension, songe et resve tousjours aux biens, honneurs, richesses et dignitez de son pareil, dont il est envyeux ; et davantaige, par telle imaçmacion et impression, corrompt si bien son sang qu'il luy sort par les yeux des vapeurs et subtilz espritz venimeux , lesauelz espritz , jetez par les rayons des yeux et entrez dans les yeux de ceulz qui les regardent, sont plus dangereux et vénéneux que les basilicz, serpens et crapaux. et deviennent bien souvent lancez par la melancholye, au lieu d'envyeux. fascinateurs et enchanteurs.
On dit que l'Envye voulut ung jour entrer au ciel, mais elle en fut repoussée par la déesse Excellente (*), oui la feist tumber de hault en bas et descendre vers les hommes, d'autant qu'il n'y a point d'envye au ciel ; la lune n'en porte point au soleil, ny le soleil à la lune, ny Mars à Venus , ny Saturne à Jupiter ; car ils sont tous en leur genre accomplis et parfaictz.
Le remède de se gueryr de telle peste est de penser
I. Il manque quelque chose à cette phrase, à moins que par Déesse Excellente il n'entende Minerve.
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jour et nuyt en nous mesmes, devant que le mal soyt violent : ■ Que fais- je? Pourquoi me consumé- je moimesme pour le bien d*autruy auquel je ne peux parvenir? » et voyant les hommes plus misérables que nous, nous resjouyr de ce que nous ne sommes pomt en telle extrémité.
Et fauit se bender contre la passion et repousser la rancune par sa vertu, et, en heu d'envyeux . devenir inmitateurs, pour tascher à ressembler à celluy dont les vertus et les honneurs nous rendent jaloux et envyeux.
Voilà que j'avois à dire de ce cruel monstre, dont Dieu nous veuille garder par sa divine grâce, et l'envoyer aux Tartares, Scittes et Turcs, pour très cruelle punition et tourment de toute leur mechansseté.
Ronsard.