ET LES ECHEVINS DE LA VILLE DE TOURS
Monsieur le Maire, je croy que vous avez bien entendu, avec tout le corps de la ville, le procès que le seigneur Fortin ; contre tout droit et raison et miquement et de mauvaise conscience a contre moy
1 . ie ne suis pas sûr d'avoir bien lu ce dernier nom. Ce pourrait être BeUeau ou Brodeau.
2. it dois à M. Victor Luzarche la communiîcation de . cette lettre ùvf'û a insérée dans un recueil intitulé : Lettres historiques des Archives communales de la ville de Tours, depuis Charles VI jusqu'à la fin du régne de Henri IV (Tours, Marne, 1861, grand in-^»), rare et splendide volume
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et lequel procès il vous veut persuader et à tous messieurs les eschevins, soubs couleurs frivolles et raisons en Tair que c'est pour le proffit et utilité du public ; comme si les rois et les corps de villes estoient tyrans pour oster le bien d'un particulier, non seulement particulier à moy, mais commun à tout le couvent de Sainct-Cosme, pour le bailler au premier venu qui s'armeroit de ce beau tiltre d'utilité publique. Je ne fais point de double qu'il ne veuille persuader â ceux qui le voudront croire que facilement il enrichira les fauxbourgs de Tours, comme les Gobelins ceux de Saint-Marceau. Quant à moy, [e n'en croy rien, pour ce que je n'en voy rien et aussi que nullement n ne donne sa teinture et sa peine à ses voisins, ains la vend bien cher, si non quelquefois quelque vieux devanteau d'une bonne femme qu'il fera reteindre pour Çrand mercy ; voilà le proffit qu'il aporte au public et aevant qu'il se feust venu planter en mon fond et en
imprimé pour la Société des Bibliophiles de Touraine et tiré à i8o exemplaires. — Le savant éditeur a accompagné cette lettre d'une note d'où nous extrayons les passages suivants :
« Notre poète qui se plaint en termes pleins de vivacité et d'amertume d'une usurpation faite par le sieur Fortin sur une des dépendances du prieuré de Saint-Cosme dont Ronsard était abbé commendataire, nous fournit un nouveau témoignage du caractère irascible attribué aux poètes en général et en particulier au célèbre écrivain vendoroois. »
(c Le ruisseau que Ronsard voulait soustraire aux souillures du teinturier Fortin est la Choisille, charmante petite rivière aux eaux transparentes et pittoresques, qui se jette dans la Loire en face du prieuré de Saint-Cosme. Saint- Cosme et ses environs étaient des lieux sacrés pour Ronsard, tout remplis encore des souvenirs de sa belle Marie: lieux devenus pour le poète une solitude chérie, dans Page de la matunté, à l'époque même où il écrivait la lettre que nous publions; lieux enfin où il devait terminer sa vie et recevoir la sépulture dix-sept années plus tard. » Victor Luzarchb.
ma terre, laquelle il n'a'(j[ue par amphithéose, et que de mauvaise foy il veut dire sienne et de son propre, les draps ne laissoient pas d'estre communs en cette ville et le peuple vestu sans luy. Je vous suply. Monsieur, au premier jour vouloir faire entendre â messieurs de la ville mes raisons, affin qu'ilz me donnent jour et heure pour montrer mes tiltres et enseignemens et cinq ou six arrests de la cour du parlement pour la rivière de la Choisille, depuis trois, quatre et cinq cens ans et depuis dix-huit mois aux requestes , contre les bateliers, teinturiers et mesme fait que cestuy-cy. Aussy je feray paroistre à messieurs^ par deux contracts, comme le lieu et terre où le seigneur Fortin s'est venu planter et habituer sa maison, teintures et chaudrieres, sont du propre patrimoine de Sainct-Cosme baillez en amphitheose depuis soixante et dix ans et dont les vies ne sont encores faillies; et voyant ledit seigneur Fortin au*il avoit mauvaise cause s est tantost voulu armer de messieurs le comte de Sanserre et sei^eur de Loué, de messieurs du chapitre Sainct-Martm et de vous autres, messieurs de la ville, aux uns donnant à entendre que la rivière estoit à eux à cause du pont de la Motte, aux autres que la maison estoit en leur fié, aux autres que c'estoit pour le bien public, pensant les attirer par ces points là à frayer aux despens du procès et jouir du proffit de leur peine ; mais la malice a esté incontinent descouverte, comme elle vous sera facilement, après avoir veu mes tiltres et ensei^emens que je vous montreré et à tous messieurs de la ville, toutes les fois qu'il vous plaira l'ordonner. Je suis bien marry. Monsieur, de vous ennuyer de si lon^e et fascheuse lettre et sur ce je mettray fin , suppliant le Créateur vous donner très heureuse et longue vie, après m'estre humblement recommandé à toutes vos bonnes grâces.
De vostremaisondeS. Cosme, ce XVII' Juillet i $68. Vostre humble et affectionné voisin et serviteur, Ronsard.
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