‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 109 sur 216 · FaBtosmes qui apparoissent dans la solitude · texte numérisé non relu

FaBtosmes qui apparoissent dans la solitude

Sans plus tarder, à ceste heure, à ceste heure, Dy-la, Muret j sinon marche devant, Et mets premier les antennes au vent.

Que songes-tu? mon Dieu, que de paresse T'amuse ici! regarde quelle presse Dessus le bord joyeuse nous attend Pour la conduire, et ses bras nous estend.

Et devers nous toute courbe s'encline.

Et de la teste en criant nous fait signe De la passer dedans nostre bateau !

Je voY Baïf, Denizot et Belleau, (a) Butet, Du Parc, Bellay, Dorât, et celle Troupe de gens qui court après Jodelle ; Icy L Huilier une troupe conduit^ (b) Et là j'avise un grand peuple qui suit Nostre Maigny, et parmy la campagne Un escadron qui Maumont accompagne.

[Voicy Maclou, voicy d'une autre part Ton Fremiot, Des Autels et Thyard; Icy Grevin, ici Colet arrive.

Et là Gruget s'esveille sur la rive Avec Naviere et Peruse et Tagault, Et Tahureau. qui ja tirent en hault L'ancre mordante, et plantez sur la poupe, D'un crv naval encouragent la troupe D'abanaonner le terroir paternel.

Pour vivre ailleurs en repos éternel.

8 à que j'embrasse une si chère bande ; r sus, amis, puis que le vent commande De démarer, sus, d'un bras vigoureux Pousson la nef à ce bord bien-heureux,

a, Var. (1584) :

Je vo^ Thyard, Dés Autels et Belleau,

b, Var.(i584) :

Icy Bàîf une troupe conduit.

Au port heureux des isles bien-heurées, Que l'Océan de ses eaux azurées, Loin de l'Europe, et loin de ses combas Pour nostre banae emmure de ses bras.

[Là nous vivrons sans travail et sans peine.

Là, là tousjours, tousjours la terre est pleine De tout bonheur et là tousjours les cieux Se feront voir fidèles à nos yeux. ]

Là sans navrer comme icy nostre ayeule Du soc aigu, prodigue, toute seule, Fait hérisser en joyeuses forests Parmy les champs les presens de Cerés ; Là sans tailler la nourrissiere plante Du bon Denis, d'une grimpeure lente S'entortillant fait noircir ses raisins De son bon gré sur les ormes voisins.

Là sans mentir les arbres se jaunissent D'autant de fruits que leurs boutons fleurissent, [Et sans faillir par la bonté du cid Des chesnes creux se distille le miel.

Par les ruisseaux tousjours le lait ondoyé.

Et sur les bords tousjours l'herbe verdoyé ] Sans qu'on la fauche, et toujours diaprez De mille fleurs s'y peinturent les près Francs de la bize, et des roches hautaines Tousjours de laict gazouillent les fontaines.

Là comme icy l'avarice n'a pas Borné les champs, ny d'un effort de bras Avec grand bruJt les pins on ne renverse Pour aller voir d'une longue traverse Quelque autre monde ; ains jamais découverts On ne les voit de leurs ombrages verts, Par trop de chaud, ou par trop de froidure; Jamais le loup pour quester sa pasture Hurlant au soir, ne vient effaroucher Le seur bestail à l'heure de coucher; Ains sans pasteur, et sans qu'on luy commande, Beslant aigu, de son bon gré demande

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