I. Prochain
Après, mon fils, si tu veux que Dieu faime, me ton proche {*) autant comme toy-mesme,
i8o Les Poèmes.
N'use malin d'aucune tromperie Vers l'innocent, et tousjours soyes veu Croire en la foy que tes pères ont creu. (a)
» Mais par sur tout obeïs à ton Prince, Et n'enfram point les loix de ta province; Sois doux et sage, et ne sois avancé De dire à tous ce que tu as pensé, Ains temporise^ et tousjours te conseille Aux gens de bien, et leur preste l'aureille.
» Vivant ainsi tu seras bien-heureux.
Riche d'honneur, et de biens plantureu;^; Et mort, ton âme en la vie éternelle Se viendra joindre à la mienne, et à celle De ton feus oncle, et de ta mère aussi Qui voit du ciel la peine et le souci Qui te tourmente, et fait à Dieu prière, Pour ton profit, de ne t'y laisser guiere. »
Ainsi disant, je vins pour l'embrasser.
Et par trois fois je la voulu presser, La chérissant; mais la nueuse idole (*) Fraudant mes doigts, ainsi qu'un vent s'en-vole. Trois fois touchée, et de peur estonné M'a dans le lict tout seul abandonné, (b)
a. Var. :
Vers l'innocent nuse de tromperie; Commande-toy, et en toute saison Fay que tes sens servent à la raison.
b. Var. :
Trois fois touchée, et tout émerveillé, Au poinct du jour soudain je m'éveille.