‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 117 sur 216 · Livre second · texte numérisé non relu

Livre second

Dedans les enfers me rue,

Ou bien dés ceste heure mue

En quelque monstre nouveau

Tout cela que j*ay de beau,

Et vien ma face aesfaire

Qui plaist quand je ne veux plaire.

Amsi disant, s'esleva, Et levée elle trouva Que ja roidissoit sa plante En neuve racine lente, Et ses grèves en un tronc, Et Tescorce tout du long Luy rampoit dessus la hanche Et sur la poitrine blanche.

Elle vit ses bras jumeaux S'allonger en deux rameaux, .

Ses doigts en branches couvertes, . Ses cheveux en fueilles vertes.

Qui de piquerons aigus Se herissoient par dessus Tout à Tentour de sa souche.

De peur que Pan ne la touche.

Mais Tesprit qui fut enclos Dans sa chair et dans ses os

Avant qu'elle fust muée,

Ne se perdit en nuée,

Ains tel qu'il fut, luy resta.

Et sous rarbre s'arresta ;

Car avec les arbres naissent

Tousjours des esprits qui croissent

Comme l'arbre, et meurent lors

Qu'ils sentent les arbres mors.

Quelqu'un de ton parentage,

Brinon, dés le premier âge

Que le Hous fut transformé,

En prit un sion ramé.

Et le planta tout sus l'heure

Au jardin de ta demeure.

i88 Les Poèmes.

Jamais foudre ne tempeste Ne s*esclate sur ta teste^ Ny le feu tombé des mams Des mal-avisez humains; Mais en tout temps, de rosée Soit ta perruque arrosée, Et de la manne du ciel; Et tousjours la mouche à miel Mesna^e au creux de ta souche Un fruict digne de la bouche De ton maistre bien-heureux.

Jamais le temps rigoureux Ne te livre à la vieillesse ; Mais, Hous, puisses-tu sans cesse Vivre en autant de renom Que ton possesseur Brinon.

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