‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 116 sur 216 · Livre second. i · texte numérisé non relu

Livre second. i

Ses bras tortus jusqu'en terre Entrelassez de lierre.

Là s'élargissoit aussi Un vieil coudrier racoursi Retoi{u de mille branches, Où de leurs gorgettes franches Les oisillons tous les jours Devisoient de leurs amours.

Là gemissoit la tourt'relle, Là roûoit la colpmbdle; Là Philomele un long bruit Menoit de jour et de nuit, Dequoy sa soeur outragée N*estoit pas assez vençée.

Echon. 1 image des bois, Redoubloit leurs belles vois.

Dedans Tantre une fontaine Sourdoit d'une noire veine, Qui trainoit son ruisselet Par un sentier mousselet.

Plein de Nymphes et de Fées De jonc simplement coifïées.

Là dessous d'un tuffeau blanc Nature avoit fait un banc Tapissé de crcspe mousse Et de jeune herbette douce.

Dessus ce banc s'assoyant, Le Somme à Tœil ondoyant Vint arrouser la paupière De la Nymphe Dianiere.

De son poing Tare s'escoula ; Icy gist sa trousse, et là Gist sa trompe détachée; Et sa tresse delâchée

£à et là s'esparpilloit oin du chef qui sommeilloit, A ses pieds estant tombée Sa couronne recourbée.

A peine eut-elle le sein Et le nez de somme plein, Que Pan, le Dieu du bocage, Sentit l'amoureuse rage S'écouler jusqu'au milieu Du cœur, car il «'y a Dieu Plus prompt à sentir en Tame De Venus l'ardente flame.

Impatient de la voir Ensemble et de ne pouvoir Alentir sa rage esmeue, Roidit sa chévrine queue, Et plus que devant ronflant L'ire du nez, et enflant Son visage peint de meures, Haste les tortes alleures De ses ergots mi-fourchus Parmy les buissons branchus.

Tant qu'il fut prés de s'amie Au fond de l'antre endormie.

Déjà Pan à son souhait Le jeu d'amours avoit fait.

Quand la pucelle s'éveille.

Qui honteusement vermeille Dressant le front et les yeux Et les bras devers les Dieux, Fit une prière telle A Diane la pucelle :

« Si j'ay porté quelquefois, Après toy parmy les bois.

Ton arc, ta trompe et ta lesse, Venge-moy, chaste Déesse, Et puny ce Dieu moqueur, Ce bouquin, qui de ton chœur Fait tousjours quelque rapine; Ou bien, si je n'en suis digne, Fay que ton père puissant De son foudre punissant

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