Livre premier
Soûl de soy-mesme; et que mesme sa vie, Comme pesant à son corps^ luy ennuyé, Se trouvant seul, et pleurant par les bois La triste mort d un Prince et de deux Rois. (')
REGRET
A L'HUILLIER, («) Parisien.
POUR ELLE-MESME
L'Huillier, si nous perdons ceste belle Princesse, Qui en un corps mortel ressemble une Déesse, Nous perdons de la cour le beau soleil qui luit, Dont jamais la clarté n'a tiré vers la nuit, Mais tousjours en monstrant sa clarté coustumiere, A fait en plain midy paroistre sa lumière.
Ne te souvient-il point des longues nuicts d'hyver. Où nulle estoille au ciel ne se daigne lever, Mais lente et paresseuse en son lict est cachée,
guand Tithon en ses bras tient sa femme couchée, ï le monde languit en ténébreux séjour.
En horreur et en peur, pour l'absence du jour?
1. C'est Henry II et François II, son fils. Le Prince dont il parle est, si je ne me trompe, Charles, duc d'Orléans, de qui i'autheur avoit esté page.
2. Dans le recueil de i $64, il est ainsi appelé ; H. L'Huillier, sdgneur de Maisonfleur. Les cantiques de Maisonfleur sont un des livres de poésie que Marie Stuart emporta en Ecosse et qu'elle aimoit à lire.
22 Les Poèmes.
Ainsi, docte THulIfief , notre cour sera telle En perdant la clarté d'une Rovne si befie ; Belle en perfection ; car toute la beauté Qui est, et qui sera, et a jamais esté, Près de la sienne est laide, et la mère Nature Ne composa jamais si belle créature.
Au milieu du printemps, entre les lis nasquit Son corps, qui ae blancneur les lis mesmes vainquit, Et les roses qui sont du sang d'Adonis teintes. Furent par sa couleur de leur vermeil dépeintes. Amour de ses beaux traicts luy composa les yeux. Et les Grâces, qui sont les trois filles des cieux, De leurs dons les plus beaux ceste Princesse ornèrent. Et pour mieux la servir les cieux abandonnèrent.
Si son idole feinte au moins nous demouroit, {a) En s'en allant de nous toute ne s'en-iroit, Et aurions le plaisir du sage Roy Protée
Sui d'Heleine retint la figure empruntée ; !âis elle s'en-va toute, et ne laisse sinon Le triste souvenir qui reste de son nom, Et le regret de perdre un si divin visage.
Qui captif retiendroit un cœur le plus sauvage. Le jour que je voirray son départ approcher, Je veux pour ne le voir devenir un rocher.
Sourd, muet, insensible, et le long d'une plaine Je me veux transformer en l'eau a'une fontaine, Afin de la pleurer comme les Nymphes font Quand les fleurs hors des prez par la bise s'en vont, Ou quand par un torrent les fontaines se souillent. Ou quand de leur verdeur les arbres se despouillent.
Ha ! plustost je voudrois un oiseau devenir Pour mieux l'accompagner, et tousjours me tenir Sur le haut de son cocne ; ou je voudrois reluire Comme une claire estoille au haut de sa navire,
a, Var. :
Si sa belle peinture au moins nous demouroit.