Livre premier
S'elle passoit la mer, et par terre et par eau Je n'aoandonnerois un visage si beau.
Oue ne vivent encor les palladins de France ! Un Roland, un Renaud ! ils prendroient sa défense, Et Taccompagneroient et seroient bien heureux D'en avoir seulement un regard amoureux,
gui au grand Jupiter oteroit le tonnerre t vaincu le feroit habiter nostre terre, (a) C'est abus qu'autrefois Jupiter ait aimé, Il auroit maintenant l'estomac allumé D'une telle Princesse, et poinçonné d'envie, L'auroit dedans le ciel pour sa dame ravie.
Celles que desroba le bœuf Sidonien,
Sue le cygne trompa, prés d'elle ne sont rien ; y celles que l'on voit par les vers estimées, Ne furent en leurs temps si dignes d'estre aimées. Seulement la hauteur de son sceptre luy nuit ; Car volontiers amour les Majestez ne suit.
Il fiiit la royauté place trop dangereuse.
Où languit sans espoir l'espérance amoureuse.
Or aille où le Destin emmener la voudra, Tousjours dessous ses pieds la terre se peindra D'un beau tapis de fleurs, les eaux seront paisibles. Les vents appaiseront leurs haleines terribles, La mer se fera douce, et pour voir sa beauté Le soleil espandra sur elle sa clarté, Au moins si le soleil en la voyant n'a honte Qu'une telle beauté sa beauté ne surmonte.
a. Var. :
Qui du grand Jupiter appaiseroit la dextrc, Et encore amoureux çà bas le feroit estre.
24 Les Poèmes.
REGRET
POUR ELLE-MESME
Comme un beau pré despouillé de ses fleurs, Comme un tableau privé de ses couleurs, Comme le ciel, s'il perdoit ses estoiles, La mer ses eaux, la navire ses voiles.
Un bois sa fiieille, un antre son efFroy, Un grand palais la pompe de son Roy, Et un anneau sa perle précieuse; Ainsi perdra la France soucieuse Ses ornemens, en perdant la beauté Qm^fut sa fleur, sa couleur, sa clairté.
Dure Fortune, indontable, et félonne, Tu es vrayment fille d'une lyonne, Tu vas passant les tigres en rigueur, Et tu n'as point en l'estomac de cœur D'ainsi traiter une Royne si belle !
Premièrement, tu l'as dés la mammelle Assujettie à porter le malheur, Lors que sa mère espointe de douleur, Dans son giron, craignant l'armée Angloise, L'alloit cachant par la terre Escossoise.
A peine estoit sortie hors du berceau.
Que tu la mis en mer sur un vaisseau, AEandonnant le lieu de sa naissance.
Sceptre, et parens, pour demeurer en France.
Lors en changeant de courage malin, La regardas d'un visaee bénin, Et d'orpheline ensemble et d'estrangere ( Ha que tu es inconstante et légère 1 )