‹ Œuvres complètes de P. de RonsardChapitre 120 sur 216 · Il entend Plliade et TOdyssée · texte numérisé non relu

Il entend Plliade et TOdyssée

190 Les POEMES.

N'eut jamais un liard ; si bien que sa vielle. Et sa Muse qu'on dit qui eut la voix si belle, Ne le sceurent nourrir, et falloit oue sa faim D'huis en huis mendiast le misérable pain.

» Laisse-jnoy, pauvre sot, ceste science folle; Hante-moy les palais, caresse-moy Bartolle, Et d'une voix dorée au milieu d'un parquet Aux despens d'un pauvre homme exerce ton caquet, Et fumeux et sueux, d'une bouche tonnante Devant un président mets-moy ta langue en vente ; On peut par ce moyen aux richesses monter.

Et se faire du peuple en tous lieux bonneter.

» Ou bien embrasse-moy l'argenteuse science Dont le sage Hippocrate eut tant d'expérience. Grand honneur de son isle (*) ; encor* que son mestier Soit venu d'Apollon (*), il s'est fait héritier Des biens et des honneurs, et à la poésie^ Sa sœur, n'a rien laissé qu'une lyre moisie.

» Ne sois donc paresseux d'apprendre ce que peut La nature en nos corps, tout cela qu'elle veut. Tout cela qu'elle fuit; par si gentille addresse En secourant autruv on gaigne la richesse.

» Ou bien si le désir généreux et hardy.

En t'eschauffant le sang, ne rend accouarcly Ton cœur à mespriser les périls de la terre, Pren les armes au poing, et va suivre la guerre. Et d'une belle playe en l'estomac ouvert, Meurs dessus un rempart de poudre tout couvert; Par si noble moyen souvent on devient riche.

Car envers les soldats un bon Prince n'est chiche. »

Ainsi en me tançant mon père me disoit, Ou fust quand le soleil hors de l'eau conduisoit Ses coursiers, haletans de la pénible trette. Ou fust quand vers le soir il plongeoit sa charette ;

1 . Hippocrate, prince des médecins, estoit né dans Tisle de Coë.

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