A cause d'Esculape, fils d'Apollon
Fust la nuict^ quand la lune avec ses noirs chevaux , Creuse et pleine reprend Terre de ses travaux.
O qu'il est mal-aisé de forcer la nature!
Tousjours quelque génie, ou Tinfluence dure D'un astre nous invite à suivre maugré tous Le destin qu'en naissant il versa dessur nous.
Pour menace ou prière, ou courtoise requeste
3ue mon père me fist, il ne sceut de ma teste ster la poésie ; et plus il me tansoit, Plus à faire des vers la fureur me poussoit.
Je n'avois pas douze ans, qu'au profond des vallées , Dans les hautes forests des hommes reculées, Dans Jes antres secrets de frayeur tout cou vers. Sans avoir soin de rien je composois des vers ; Echo me respondoit et les simples Dryades, Faunes, Satyres, Pans (*), Napées, Oreades, Egipans qui portoient des cornes sur le front, Et qui ballant sautoient comme les chèvres font. Et le gentil troupeau des fantastiques fées Autour de moy dansoient à cottes agrafées.
Je fu premièrement curieux du latm ; Mais cognoissant, helas! que mon cruel destin Ne m'avoit dextrement pour le latin feit naistre. Je me fey tout françois, aimant certes mieux estre En ma langue ou second, ou le tiers, ou premier. Que d'estre sans honneur à Rome le dernier.
Donc suivant ma nature aux Muses inclinée.
Sans contraindre ou forcer ma propre destinée, J'enrichy nostre France, et pris en gré d'avoir. En servant mon païs, plus d'honneur que d'avoir.
Toy. L'Escot, dont le nom jusques aux astres vole, En as oien fait ainsi ; car estant à l'escole. Jamais on ne te peut ton naturel forcer Que tousjours avec l'encre on ne te vist tracer Quelque belle peinture, et ja fait geomettre.