Livre second
Pauvies mortels, esclaves de tous maux, Et compaignons des autres animaux, Naiz pour brouter les doux fruits de la terre, Pour nous tuer, pour nous faire la guerre, Naiz pour la gloire et pour Fambition, Et transportez de toute passion. ]
Il est bien vray que nostre ame divme Peut inventer suivant son orieine.
Et par esprit s*en-voler dans les deux.
Mais dequoy sert ce titre ambitieux, > Quand les lions bien armez de nature, '■ "• Font par les champs des hommes leur pasture, Et plus puissans ensanglantent leur flanc, Ongles et dents tousjours en nostre sang?
Et toutesfois T homme se vante maistre Des animaux, dont la nature et Testre Et le berceau où il est attaché, Monstre que vivre est presques un péché.
Bien peu nous sert la race Titanique De Promethée et son argile antique.
Et le feu pris en la haute maison Contre un lion qui n'a point de raison.
Les seules mains qui en dix doigts s'allient. Comme il nous plaist qui s'ouvrent et se plient. Nous font seigneurs des animaux ; et non Une raison qui n'a rien que le nom.
Bien qu'arrogante et venteuse se fie Aux vains discours de la philosophie, Et pour ftimée au ciel veut faire aller Nos corps bourbeux qui ne peuvent voiler.
Voyez-vous pas que ceux qui dés naissance Perdent esprit, raison et cognoissance, Fols, idiots, la honte des humains, .
Font seulement pour manier les mains Crainte au lion et au tigre sauvage ; Tant vaut la main et son gentil usage!
Si les sangliers, les tigres, et les loups Avoient des mains et des doigts comme nous,
256 Les Poèmes.
Ils seraient Roys des terres où nous sommes, Et donneroient commandement aux hommes^ Mais bien peu sert un cœur superbe et haut A Tennemy quand la main luy défaut.
La main fait tout; les murailles sont fermes Par nostre main ; la main forge les armes, Et fait tourner en coutres bien tranchans Le rouge fer laboureur de nos champs.
La main ourdit rets, cordaces et toiles, Creuse les nefs, leur attache des voiles Au haut du mast, les ailes des vaisseaux.
La main bien jointe en cinq souples rameaux.
Commence tout, parfait tout, et ne cesse De travailler, des mestiers la princesse.
Qui peut son œuvre aux estoules pousser, Royne des arts, ministre du penser.
Les mains font l'homme, et le font de la beste Estre vainqueur, non les pieds ny la teste.
Ta main, Pallas, ton olivier planta, Huile et pressouers ta main nous inventa.
Filer la laine, escarder et la teindre, Un bel ouvrage avec Taiguille peindre De soye et d'or ; par là tu te vengeas Quand en araisne Arachné tu changeas, Et pour chef-d œuvre, et Thonneur de ton voile Tu la fis pendre au milieu de sa toile.
Par les cinq doigts les hommes se font preux ; Que diray plus? la bataille de Dreux, De Sainct Denis par la main fut gaignée. (*) Si la raison n'en est accompagnée.
Ce n'est que vent, d'autant qu'elle ne peut Parachever les desseins qu'elle veut.
I. Il veut dire la bataille de Dreux et celle de Sainct Denis. C'est la seconde bataille gaignée pour le Roy contre les Huguenots : la première par Monsieur de Guise François de Lorraine, où le Prince de Condé fut pris; Tautre par le Connestable, où il fut blessé à mort par Stuard, escossois.